La Californie . Où l'argent ne fait pas le bonheur

BRUXELLES En l'occurrence, cette Californie n'est pas l'État américain que l'on connaît, mais le quartier riche de Cannes, où vit le personnage principal joué par Nathalie Baye : une milliardaire oisive, entourée de sa cour et de deux gigolos serbes qui ont fui la guerre dans leur pays.

Inspirée au réalisateur Jacques Fieschi, qui signe ici son premier long-métrage, par un roman de Georges Simenon, Chemin sans issue , l'action se déroule dans l'univers de l'oisiveté. L'argent suscite plus la lassitude que le bonheur. Quand on ne sait plus comment dépenser son temps et son argent, on fait n'importe quoi. Fêtes mortelles d'ennui, soirées en boîte où paraître est le maître mot.

Jusqu'au jour où la vie de cette femme va être bousculée par le retour de sa fille (Ludivine Sagnier) qu'elle n'a plus vue depuis neuf ans.

Elle en est probablement la première surprise, mais des sentiments maternels reviennent à la surface pour se heurter, hélas, au caractère indépendant de l'adolescence.

Tout d'un coup, à cause de cette arrivée, les choses de cette vie sans but vont reprendre leur réelle dimension, les personnages vont apparaître sous les traits de la vérité. Les yeux vont s'ouvrir. Des mots parfois cruels vont s'échanger. ("Tu paies tout, mais tu n'es rien : tu es pauvre !" )

Simenon fut le champion de l'étude des caractères. Ici, il atteint un sommet de cet art. Fieschi a parfaitement su conserver cet atout, en adaptant l'action à des critères plus proches de nous (les gigolos de Simenon étaient des Russes ayant fui leur révolution).

Nathalie Baye, dans un rôle de total contre-emploi, est parfaite. Autour d'elle, Ludivine Sagnier, qui joue sa fille, l'est tout autant. Ainsi que Roschdy Zem, un acteur d'origine marocaine qui incarne un des Serbes et qui, pour le rôle, a dû apprendre non pas à parler le serbe, mais au moins à s'exprimer dans cette langue, avec un accent correct.

Un personnage de la cour de Nathalie Baye est interprété par une authentique revenante dans le cinéma : Mylène Demongeot.



© La Dernière Heure 2006