C’est l’événement de la Mostra de Venise. Et du gala de clôture du BRIFF, le Brussels International Film Festival, avant une sortie en salle ce mercredi. Dune, revisité par Denis Villeneuve, marque le retour des blockbusters ambitieux, qui tiennent presque autant du divertissement spectaculaire que du film d’auteur.

Bien que toujours inspiré de l’œuvre de Frank Herbert, ce « remake » se démarque assez fortement de la superproduction tournée par David Lynch en 1984. Par sa longueur. David Lynch avait tourné un long métrage de quatre heures, qu’il avait ramenée à trois heures, avant que le producteur Dino De Laurentiis en coupe encore une heure pour rester dans des standards plus commerciaux. En résulte une simplification de l’histoire et un affaiblissement de la personnalité des principaux protagonistes.

Une histoire en deux parties

Problème que n’a pas rencontré Denis Villeneuve. La… première partie de Dune dure déjà 2 h 35 à elle toute seule. Moins flamboyante que la version précédente, elle se veut plus réaliste, moins tape à l’œil, mais plus lourde de connotations religieuses, philosophiques ou psychologiques. Ici, le spectacle se met clairement au service d’une réflexion sur les fondements même de la nature humaine, son appât du gain, sa soif de pouvoir, sa jalousie, son machiavélisme pour éliminer des ennemis.

Sans rien enlever de la dimension magico-fantastique du récit, Denis Villeneuve opte pour plus de sobriété dans les décors et les costumes pour les moderniser mais aussi pour permettre aux messages (notamment en faveur des minorités déconsidérées) de ne pas être parasités par le spectacle. Un peu comme il l’avait fait pour Blade Runner 2049, trouvant un joli équilibre entre les ambiances d’un monde caniculaire et des évolutions personnelles qui nous renvoient à notre comportement face au dérèglement climatique ou des prises de positions religieuses de nature extrêmement sensibles dont les conséquences ne sont pas nécessairement prévisibles. Avec son inexpérience, Paul (Timothée Chalamet, juste impeccable) se trouve en terrain miné, et pas seulement en raison de la présence des redoutables vers des sables de plus de 400 mètres de long.

Un casting incroyable 
© Warner Bros.

Dans sa philosophie, Dune se rapproche donc plus du Seigneur des anneaux que de Star Wars (malgré des points communs dans l’intrigue) ou des grands shows Marvel. Après une mise en place quelque peu déroutante, les scènes d’action et de combat, assez impressionnantes, occupent bien sûr une partie du terrain, mais entrecoupées de longues séquences plus axées sur les discussions ou les pistes de réflexion.

Côté casting, la présence de Zendaya (avant tout dans les visions de Paul) et Timothée Chalamet devrait largement suffire à attirer les jeunes cinéphiles. Mais Denis Villeneuve a eu le bon goût de les entourer de comédiens épatants, à commencer par Stellan Skarsgard en cruel et imposant baron Harkonnen, Josh Brolin en redoutable chef de sécurité, Rebecca Ferguson en mère de Paul aux pouvoirs magiques, Oscar Isaac en duc qui incarne la droiture, Javier Bardem en chef des Fremen, Jason Momoa en musculeux ami de Paul, Dave Bautista en sanguinaire neveu du baron Harkonen, sans oublier Charlotte Rampling, glaçante en révérende mère des puissants mais occultes Bene Gesserit.

Seul regret, finalement, dans cet univers futuriste et très passéiste en même temps (on se bat à l’arme blanche dans des décors qui rappellent les anciennes civilisations terrestres), c’est de ne pas pouvoir découvrir rapidement la suite. Qui n’a toujours pas été mise en chantier. Et dont certains craignent qu’elle ne voie jamais le jour si, en raison de la sortie simultanée sur HBO Max aux USA (chez nous, la plateforme n’est pas encore disponible) et du variant delta, le box-office n’atteint pas les sommets espérés. Avec un budget de 165 millions de dollars (auxquels il faut ajouter les frais de promotion, qui peuvent sérieusement alourdir la note), ce blockbuster très ambitieux sur sa forme et sur son fond, moins « simple » que les traditionnelles luttes entre le Bien et le Mal (qui font un malheur aux USA), ne peut pas se permettre de descendre sous les 400 millions de dollars de recettes. Une barre que Black Widow n’a pas franchie (en salle, car avec le streaming, elle la dépasse largement) et que seul F9, avec ses 700 millions de dollars, a pulvérisé cette année.

Les enjeux sont connus. Il serait dommage de ne jamais connaître la fin de cette histoire captivante, magnifiquement racontée par Denis Villeneuve.