Mourir peut attendre, mais plus les fans. Qui vont enfin pouvoir découvrir à partir de jeudi la toute dernière apparition de Daniel Craig dans le smoking de James Bond. Une conclusion extraordinaire pour le plus musclé et le plus romantique (ce n’est pas bien compliqué, c’est vrai) de tous les 007. Car, c’est le moins que l’on puisse écrire, les quatre scénaristes (Phoebe Waller-Bridge, Neal Purvis, Robert Wade et le réalisateur Cary Joji Fukunaga) se sont vraiment creusé la tête pour lui offrir un feu d’artifice final. Avec des rebondissements inédits, inattendus, qui vont susciter des discussions enflammées auprès des fans.

Après une intro très efficace (des courses-poursuites, des cascades incroyables et du mitraillage à tout-va dans un merveilleux décor italien, là où est enterré Vesper Lynd), le ton est donné : "Le passé ne meurt pas." Et il va jouer de vilains tours à James Bond et Madeleine Swann. Piégés par leurs secrets, minés par un sentiment de trahison, il leur explose littéralement à la figure. Ce qui débouche sur une phrase qui prend tout son sens dans la bouche de Daniel Craig : "C’est fini, tu ne me reverras plus jamais."

Cinq ans plus tard, pour venir en aide à son ami Félix Leiter, James Bond sort pourtant de sa retraite. Mais cette fois, pour le compte de la CIA . Et pour cause : M le croyant mort, il a donné son matricule à la plus redoutable de ses nouvelles recrues, Nomi (Lashana Lynch). "Ce n’est qu’un chiffre", réplique-t-il quand elle lui annonce que le monde a changé en son absence. Mais on le sent touché malgré tout. D’autant qu’en cherchant à mettre la main sur celui qui est en train d’éliminer Spectre avec le projet Hercules (une arme invisible faite de microscopiques robots létaux uniquement pour les porteurs d’un ADN ciblé), il est amené à protéger la vie de son pire ennemi, Blofeld. Et à recroiser la route de Madeleine.

Des trouvailles scénaristiques passionnantes, qui permettent d'inverser complètement les rôles et de participer activement aux mouvements MeToo et Black Lives Matter. Car désormais, ce sont les femmes qui mènent le bal. Comme Ana de Armas, dans une scène mémorable de "bunga bunga de Spectre", Léa Seydoux en forêt ou Lashana Lynch... presque tout le temps.

Plus bavard et philosophique que les précédentes aventures ("On éradique tous les deux des gens pour rendre le monde meilleur", dixit Lyutsifer Safin, qui se qualifie lui-même de "dieu invisible"), plus psychologique (les états d’âme de M, en partie responsable de la situation catastrophique qui menace toute la population), plus sentimental, plus drôle aussi (une scène de tir en forme de clin d’oeil au générique, des dialogues dignes de l’époque Roger Moore), plus noir parfois (un oeil de verre explosif, une enfant menacée), No Time to Die ne sacrifie pas pour autant le suspense ni les scènes d’action. Cascades à moto, saut d’un pont accroché à un câble électrique, vol en planeur qui se termine en plongée sous-marine, bagarres et fusillades à tous les étages, tout est mis en œuvre pour tenter de mettre fin aux agissements d’un ennemi à l’intelligence supérieure, d’un calme imperturbable, prêt à tout pour se venger du passé. On ne voit donc pas passer les 2 h 46 de film, ponctués de rebondissements réellement audacieux que tous les bondologues vont étudier pendant des mois. D’autant que face à un Daniel Craig qui étale les failles de son personnage, Rami Malek livre une prestation glaçante d’inhumanité tandis que Lashana Lynch démontre qu’elle a l’étoffe pour reprendre la Licence to kill.

L’attente fut longue mais elle en valait la peine : voilà enfin un blockbuster qui offre tout ce qu’on peut espérer d’un grand spectacle tout en sortant des canevas pour offrir des surprises de taille. On vous conseille donc vivement d’éviter tous les spoilers et de partir à l’aventure sur grand écran avec James Bond. Puis, d'imaginer à votre tour la meilleure manière de poursuivre la saga sans Daniel Craig.