«Nous ne voulons pas être mis sur un piédestal»

Cinéma

Propos recueillis par Patrick Laurent

Publié le

«Nous ne voulons pas être mis sur un piédestal»
© D.R.
Les frères Dardenne le promettent: le succès ne les changera pas

CANNES En deux films, Rosetta et L'enfant, les frères Dardenne sont devenus au cinéma ce qu'étaient déjà le chocolat, les frites ou la bière à notre petit pays: des symboles, connus, appréciés et respectés internationalement. Avant eux, seuls Emir Kusturica, Shohei Imamura, Bille August et Francis Ford Coppola avaient décroché deux Palmes d'or. Un exploit qui les fait accéder au statut de grands maîtres du 7e art, avec tous les avantages et les risques que cela comporte. «Les clubs, même les plus fermés, sont faits pour être ouverts. On espère qu'il y viendra beaucoup de monde à l'avenir. François Truffaut disait très justement qu'il est plus facile de gérer l'échec que le succès. Il faut toujours repartir de zéro comme si c'était la toute première fois. C'est difficile (on ne peut pas contrôler la ferveur des autres) mais indispensable. Avant d'envisager un nouveau projet, il faut faire le vide dans nos têtes.»
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Vous ne craignez pas, avec votre nouveau statut, qu'on considère désormais d'office comme géniaux tous vos projets?

«Si, un peu. Mais ce serait dommage. Nous avons besoin de sincérité, pas d'être mis sur un piédestal. Nous n'allons pas changer notre mode de fonctionnement. Ni attraper la grosse tête. A deux, tout est plus simple. En cas de coup dur, on peut toujours compter sur l'autre. Quelles que soient les propositions qu'on nous fera peut-être, nous n'avons pas l'intention de changer notre manière de procéder. Les petits budgets permettent une plus grande liberté, génèrent moins de pression. On aime aussi prendre notre temps. L'enfant aurait pu être tourné en neuf semaines, mais nous en avons pris douze. Ce qui peut paraître surprenant, alors que, d'une certaine manière, on travaille mieux dans l'urgence.»

Cette étiquette risque, paradoxalement, de vous couper du public.

«Nous espérons que nos films dépassent toujours leurs étiquettes. En ce qui nous concerne, le danger, c'est de s'installer dans une forme. La meilleure manière de faire de l'art, c'est de ne pas avoir de manière. Nous comptons beaucoup sur les comédiens pour ça. Ils répètent énormément, pour intégrer ces mille et un petits éléments qui rendent leurs personnages vivants, sincères. Mais dans ce canevas-là, ils peuvent apporter beaucoup d'eux-mêmes. C'est toujours impossible de faire des prévisions, mais nous espérons attirer autant de spectateurs avec L'enfant qu'avec Rosetta. Ce serait une belle réussite.»

Vos films vont être de plus en plus analysés. Alors que vous êtes plutôt avares en explications...

«Ça, c'est vraiment intéressant. On ne tourne pas de film pour soi. De notre point de vue, L'enfant est en résonance avec notre époque, ce besoin de vivre dans l'immédiateté sans se rendre compte des conséquences de ses actes. Mais les spectateurs et les critiques y verront peut-être des choses qui nous ont échappé. Ce serait bien: cela prouverait que notre film est devenu le leur. Et ça, c'est l'ambition de tout cinéaste.»

© La Dernière Heure 2005

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