Balasko a réalisé un film sensible et intelligent sur l'argent et le sexe

BRUXELLES À la ville comme à l'écran, Josiane Balasko n'y va pas par quatre chemins. La diplomatie, les circonvolutions, ce n'est pas son truc. À ses yeux rieurs derrière ses grandes lunettes ou à sa mine sévère, on sait tout de suite si les questions lui plaisent ou pas. Et dans ses réponses, elle ne cherche jamais à contourner les obstacles. Fonceuse, bravache, délicieusement impertinente, elle prend un malin plaisir à dire tout net ce qu'elle pense.

Et à triturer les vieux tabous. Comme dans sa septième réalisation, Cliente , qui aborde avec tendresse la sexualité d'une quinquagénaire (Nathalie Baye) qui préfère se payer un gigolo que de prendre le risque de vivre une nouvelle déception amoureuse. "Elle ne manque pas d'homme : c'est un choix pour ne pas souffrir des histoires d'amour qu'elle a déjà connues ", explique-t-elle. "Elle ne veut pas replonger dans des relations affectives qui pourraient la faire souffrir. Comme elle a quand même envie qu'on la prenne dans les bras, qu'elle a une sensualité et une sexualité, elle paie des hommes. C'est sa façon de se protéger d'une relation plus prenante. Curieusement, je ne reçois pas beaucoup de réactions choquées. Les gens sont touchés par des portraits de femmes seules. Il n'y a pas de réaction violente par rapport au côté éventuellement scandaleux. Ce film ne montre que des personnes qui cherchent à sortir de leur solitude."

Elle croit au grand amour

On a du mal à croire que ce sujet-là puisse encore être tabou aujourd'hui. "C'est difficile à comprendre. Les réactions au bouquin ont été très très bonnes. Il n'y a pas eu de censure dans le milieu de l'édition comme il y en a eu dans celui du cinéma. Quand le film est sorti, je me suis rendu compte des questions que posait le sujet. Beaucoup de femmes se demandaient ce qu'elles feraient si elles avaient 50 ans et qu'elles se trouvaient seules, est-ce qu'elles feraient appel à un escort ? Autre question : si j'étais un homme dont la femme a des problèmes financiers, est-ce que je me vendrais pour elle juste par amour ? Ce sont des questions qui ne sont possibles que si on s'investit dans les personnages. C'est pour ça qu'il fallait les rendre touchants, crédibles. À la lecture du premier scénario, qui n'était pas très différent, cela provoquait des réactions."

Pourquoi ? "Pour les femmes, c'était s'imaginer dans une situation terrible pour elles : ne pas avoir d'homme, être obligées de payer pour avoir de la tendresse ou du sexe, cela paraissait choquant. Dans le sens inverse, on l'accepte aisément. On vit dans un monde dominé par l'élément masculin. À l'arrivée, j'ai pu monter le film, et c'est le plus important."

L'argent et le sexe seraient donc irrémédiablement liés, selon elle ? "L'argent permet de se payer du plaisir, mais est-ce qu'il permet de se payer du bonheur ? On ne peut pas acheter l'amour. Ou alors pas tout de suite, à tempérament... Cela se voit régulièrement. J'ai du respect pour les femmes très jeunes qui épousent des vieillards qui ont beaucoup de fric. C'est un boulot. Un vrai travail. Il faut être infirmière, dame de compagnie, avec un vieillard : cela mérite salaire. Sincèrement. C'est un échange de services : la personne âgée est avec quelqu'un qui va lui donner des lueurs de jeunesse, c'est normal que cela se paie. (rire) Vous remarquerez que j'ai mis vieillard au masculin et pas l'inverse... (rire)"

Toutefois, Josiane Balasko croit au grand amour. Mais aurait-elle été capable de tout plaquer pour suivre l'homme de sa vie au bout du monde comme elle le fait dans le film ? "Je ne sais pas. Mon mari est parti du bout du monde pour vivre avec moi... Je ne crois pas que l'inverse aurait pu se produire. Je suis trop attachée à mon travail. Et on ne peut pas être actrice n'importe où. Sinon tous les acteurs français s'installeraient à Hollywood. Et il faut connaître la langue. On peut être auteur n'importe où, mais pas jouer n'importe où."



© La Dernière Heure 2008