Le dernier film de Valérie Lemercier sort demain

BRUXELLES Avec Palais Royal, son dernier film qu'elle a écrit et réalisé tout en y tenant le rôle vedette, Valérie Lemercier brosse un portrait peu reluisant des dernières dynasties du Vieux Continent. Comme on le constate immédiatement, de nombreuses séquences ont été tournées dans notre pays. Normal: en fin de compte, notre royaume est le plus proche de sa France natale. Si Palais Royal se passe dans un pays imaginaire, l'histoire tragi-comique de la souveraine qu'elle incarne évoque... sans équivoque la défunte Lady Di.

Dans quelle proportion le film a-t-il été tourné en Belgique?

«Hélas ! une seule des onze semaines de tournage. Au départ, j'aurais voulu tourner le film entièrement en Belgique: j'adore votre pays! De surcroît, j'avais pensé l'intituler La reine belge mais là, j'avais le sentiment d'aller trop loin, car votre Reine existe vraiment et ça devenait compliqué. Comme la coproduction anglaise a pris beaucoup d'importance et que mon personnage s'inspirait de Lady Di, nous avons tourné un maximum en Grande-Bretagne. En Belgique, on a tourné à Malines - et non sur la Grand-Place de Bruxelles comme beaucoup de vos compatriotes l'ont pensé - et dans une somptueuse demeure uccloise qui, en réalité, fut jadis l'ambassade des Etats-Unis.»

Pourquoi avoir choisi le thème des dynasties européennes?

«C'est marrant! Nous, on s'est débarrassé de notre roi il y a belle lurette, mais la tradition est tenace dans la plupart des pays du nord de l'Europe: Belgique, Grand-Duché, Angleterre, mais aussi Danemark, Suède... Ce côté old fashion est depuis des années un peu bousculé par des scandales auxquels pourtant la résistance populaire est solide.»

Dans votre film, la Belgique est aussi représentée par Noël Godin et Maurane...

«J'adore l'entarteur et puisque je souhaitais l'intégrer au film, je me suis dit pourquoi ne pas prendre le vrai. Pour Maurane, le choix fut très différent. J'avoue que je ne la connaissais pas en tant que personnage. Mais j'adorais sa voix et en fin de compte, elle correspondait à ce que je recherchais: une bonne copine. J'ai trouvé ça super de la mettre en présence de Catherine Deneuve.»

Le rôle de la reine mère a-t-il été écrit pour Deneuve?

«Absolument! Elle est la reine virtuelle des Français. Elle a d'ailleurs si je puis dire un côté royal, dans la mesure où elle n'est jamais soumise. Sa carrière est absolument incroyable. En quarante ans, c'est un peu comme si elle n'avait jamais changé. Lambert Wilson est dans le même cas. Il a une sorte de classe naturelle incroyable.»

On vous décrit comme une réalisatrice exigeante...

«C'est la pure vérité. Je suis maniaque et pointilleuse. Mon expérience de comédienne m'indique qu'on aime savoir ce que veut le réalisateur. Rien n'est plus insupportable qu'un metteur en scène indécis...»

Quand vous retournez exclusivement devant la caméra, vous voyez le ravail avec un autre regard ?

«Diriger un film, c'est du boulot ! Quand on est là juste pour jouer, on est bien content de ne pas tout avoir sur les épaules. Et surtout, surtout, on ne se mêle de rien. Là, je viens d'achever un tournage sous la direction de Danièle Thompson - avec votre compatriote Cécile de France qui, soit dit en passant, m'a vraiment épatée - et je vous assure que c'est chouette, en tant que comédienne, d'être ainsi portée. Maintenant, il est vrai qu'écrire et réaliser soi-même, c'est une autre sensation.»

Existe-t-il un rôle qui vous fasse encore rêver?

«J'aimerais jouer un vrai personnage de composition, une femme qui parle beaucoup. Vous aurez constaté que dans Le derrière comme dans Palais Royal, je parle assez peu. Je voudrais un rôle plus volubile, un rôle plus physique. Un film où on s'engueule joyeusement. Je ne désespère pas d'écrire moi-même ce film...»

Dominique Deprêtre

© La Dernière Heure 2005