The Straight Story (Une histoire vraie)

Un chef-d'oeuvre signé David Lynch

BRUXELLES Le mot est galvaudé, mais correspond à la réalité: le nouveau David Lynch est un pur chef-d'oeuvre. L'auteur, qui nous avait habitué à relater des histoires déjantées, syncopées, mystérieuses, fait ici montre d'une simplicité étonnante pour mieux mettre en valeur un seul personnage, un vieil homme pret à traverser la moitié des Etats-Unis sur une tondeuse à gazon pour retrouver son frère malade, qu'il n'a plus vu depuis 10 ans.

A 73 ans, Alvin Straight (le fabuleux Richard Farnsworth) ne possède plus que ce moyen de locomotion peu conventionnel pour se déplacer. Têtu, il n'écoute les conseils de personne: le trajet sera long, mais à du 10km/h, il aura le temps de profiter du paysage et de tirer le bilan de son existence.

Pendant deux heures, on avance à pas d'escargot d'un paysage champêtre à un autre, presque identique (et pour cause). Pourtant, c'est captivant. Au fil des rencontres se dessine la véritable personnalité de ce septuagénaire sympa. Envies, regrets, remords, conseils qu'il ne peut dispenser à personne, bonheurs ou passé douloureux: tout remonte doucement à la surface, rendant chaque ride encore plus touchante. Alvin Straight n'est pas un héros ou un saint. Juste quelqu'un de bien. D'intelligent aussi. Ses erreurs, il sait les reconnaitre. Et tenter ce qui est encore en son pouvoir pour les réparer.

Sans jamais recourir aux effets spéciaux, la caméra de David Lynch virevolte autour du vieil homme et de sa mécanique, ouvre l'espace, papillonne aux alentours avant d'effectuer un travelling de quelques mètres à peine. Par moment, sa mise en scène évoque les vieux westerns classiques. A l'heure du clip roi et de la chirurgie plastique, David Lynch remet magistralement à l'honneur la lenteur et la vieillesse. Avec humour et une pointe de provocation.

Au bout de ce traitement, on n'a qu'un seul regret: être déjà arrivé à la fin de ce voyage fantastique. Et authentique. Cette histoire vraie est plus merveilleuse que n'importe quelle saga futuriste. Ne pas se rendre dans les salles, c'est manquer un moment de grâce.