L'intrus. Les égarements de Claire Denis

BRUXELLES Raimu disait et répétait tout haut qu'un bon film, c'était avant tout «une bonne histoire, une bonne histoire et une bonne histoire»... Pour la réalisatrice Claire Denis, il faut croire que le cinéma, c'est tout le contraire. Car on a beau y réfléchir et retourner le scénario de L'intrus dans tous les sens, on n'y pige que dalle. Le récit débute dans un paysage forestier dont s'extrait un homme au passé obscur qui doit bientôt subir une transplantation du coeur. Derrière cet antihéros crépusculaire et caricatural au possible se cache tantôt un tueur à gages, un agent du contre-espionnage ou un homme d'affaires plutôt louche. Le gaillard aboutira de l'autre côté du globe, dans un paradis situé au milieu de l'océan, à la recherche d'un fils présumé qui ignore tout de son père. Cela tombe bien, nous aussi, et on n'en saura pas plus après quelque cent trente minutes d'un film esthétisant à l'esbroufe, fait de séquences qui veulent dire beaucoup mais qui ne disent rien à force de multiplier les dérives.

En fait d'histoire, L'intrus nous écarte de tout ce qui fait un bon film, et sans remonter jusqu'au proverbe du grand acteur pagnolien, il faut bien admettre qu'en l'absence d'un minimum requis en matière de construction, un tel ouvrage se révèle aussi prétentieux que parfaitement inutile. En résumé, voici un spécimen que seuls les snobinards des salles obscures affectionnant les films qui ne veulent rien dire trouveront certainement géniâââl. Ce qui veut évidemment... tout dire. Avec Michel Subor et une Béatrice Dalle qui n'est décidément plus que décorative.

© La Dernière Heure 2005