Le monde de l’animation est dans ses petits souliers. Après les classiques de Disney (Les Aristochats, Le Livre de la jungle, Peter Pan, La Belle et le Clochard, Aladdin ou Dumbo) et Le Muppet Show, désormais précédés d’une mise en garde concernant leurs stéréotypes racistes ou leurs représentations de maltraitance, c’est au tour des Toons de la Warner Bros. de se retrouver au coeur des polémiques.

Tout est parti de la mise au pilon de six livres pour enfants du Dr. Seuss pour cause de racisme. Un éditorialiste du New York Times se demande alors pourquoi on n’en fait pas de même avec Pépé le Putois. Il embrasse les filles sans leur consentement et ferme la porte pour les empêcher de partir. “Cela a contribué à apprendre aux garçons que non ne voulait pas vraiment dire non, que cela faisait partie du jeu, que c’était le point de départ d’une lutte de pouvoir”, écrit-il, ajoutant qu’il a “normalisé la culture du viol.”

Une analyse au vitriol à la base d’échanges virulents sur les réseaux sociaux, entre ceux qui approuvent le journaliste et d’autres qui s’insurgent contre le politiquement correct et les atteintes au droit de caricaturer.

Les insultes volent bas. Et emportent dans la tourmente un personnage bien plus emblématique, Speedy Gonzales. À qui il est désormais reproché de véhiculer des stéréotypes négatifs sur la communauté mexicaine. Cela a eu le don d’énerver Gabriel Iglesias, son doubleur pour le prochain Space Jam 2 (à l'affiche duquel Pépé le Putois ne figure pas) : “Est-ce que cela veut dire qu’ils vont aussi essayer de supprimer Fluffy (la compagne de Porky, ndlr) ? Tu ne peux pas m’attraper, cancel culture. Je suis la souris la plus rapide de tout le Mexique.”

"Lola Bunny n'était pas politiquement correcte"

Voilà qui promet pour la sortie de Space Jam : A New Legacy, en juillet. Car une autre héroïne se retrouve aussi dans l’oeil du cyclone : Lola Bunny. Son look a en effet été modifié, au grand dam d’une partie des internautes. “Lola était très sexualisée, comme une Betty Boop mixée avec Jessica Rabbit, explique le réalisateur Malcolm D. Lee. Lola n’était pas politiquement correcte. C’est un film pour enfant, pourquoi porte-t-elle top court ? Ce n’était pas nécessaire. On est en 2021. C’est important de refléter l’authenticité de personnages féminins forts et compétents.” Des propos qui font bondir de nombreux internautes, choqués qu'une héroïne ne puisse plus être sexy alors qu'on ne se pose jamais la question pour ses comparses masculins.

Voilà qui renvoie étrangement à la polémique actuelle, chez nous, née de l'envoie d'une lettre par un directeur d'école pour que les jeunes filles ne portent plus de décolleté. Le débat fait rage et n'est pas près de s'apaiser. Dans le milieu du cinéma, il devrait durer au moins jusqu'à la sortie de Space Jam 2.

© Warner Bros.