Nathalie Baye fêtera ses 55 ans en juillet

BRUXELLES Après avoir obtenu la consécration grâce à Une liaison pornographique de notre compatriote Frédéric Fonteyne, et joué la guest star pour Steven Spielberg en personne en interprétant la maman française de Leonardo DiCaprio dans Attrape-moi si tu peux, Nathalie Baye a vu sa carrière redémarrer en flèche. Au cours de l'année qui vient de s'achever, elle a enchaîné les tournages. Aussi, après Le petit lieutenant qui sort aujourd'hui sur nos écrans, on la reverra aux côtés de Roschdy Zem dans le rôle d'une riche alcoolique pour les besoins de La Californie, en mère possessive et en compagnie d'Olivier Gourmet dans Mon fils à moi, puis face à Gérard Depardieu dans Michou d'Auber où elle adopte un jeune Algérien en pleine... guerre d'Algérie. Voilà pour ce qui est déjà mis en boîte. Car l'année 2006 s'annonce à peine moins mouvementée pour l'ex-Madame Johnny Hallyday qui fêtera ses cinquante-cinq printemps en juillet, ce qui ne se remarque... pas vraiment. Rencontre avec une actrice sans doute parvenue au sommet de son art.

On se souvient de vous dans La balance, aujourd'hui considéré comme un film culte par les vrais amateurs de polars. Mais comment endosse-t-on la vareuse d'un officier de police?

«J'ai presque envie de dire par hasard tout simplement parce que c'est pratiquement comme ça que c'est arrivé. Xavier (lisez Beauvois) m'avait d'abord proposé de tenir un... petit rôle dans Le petit lieutenant . Puis, brusquement, il m'a offert le rôle principal, qui devait être tenu par un personnage masculin à l'origine. La surprise était totale. En quelques secondes, presque sans réfléchir, j'ai accepté. Mais pour se fondre dans un tel personnage, il y avait du travail à faire. J'ai fait comme Xavier pour son scénario. J'ai rencontré plusieurs policières, et tout particulièrement une femme géniale, Martine Monteill, qui m'a fait comprendre beaucoup de choses.»

On sent que ce rôle vous a réellement passionnée...

«En effet, et la passion est le point fort que j'ai rencontré chez ces femmes policières dont j'ai fait la connaissance. Avant tout, ce n'est pas le fait de diriger des hommes dans un métier plutôt masculin qui les motive, mais bien la véritable passion de leur métier. Toutes avaient conservé leur féminité d'une façon indiscutable. Elles font passer leur autorité en douceur. Elles savent motiver ceux - et celles, bien sûr - qui travaillent avec elles. Elles savent se faire respecter dans le sens le plus naturel du terme. Je pense que ce qui m'a aussi attirée, dans ce film, c'est sa pureté. Des rôles de femmes flics bourrés de clichés, il y en a autant qu'on veut dans les séries télé. Vous conviendrez que Vaudieu, ce n'est pas du tout ça!»

Comment s'y prend-on pour garder les côtés énigmatiques d'un tel personnage?

«Je pense que chaque acteur ou actrice a sa méthode, sa technique. Moi, je dirais que les choses ont beaucoup changé depuis mes débuts! Quand on est jeune, on se fait généralement un tas d'idées sur la scène qu'on va avoir à tourner. À mon âge, je ne réagis plus du tout de la même manière. Je m'efforce avant tout d'être parfaitement disponible. J'observe afin de pouvoir utiliser au mieux tout ce qui est autour de moi. Certains metteurs en scène savent très bien ça, en laissant volontairement des vides dans un scénario. Cela ne donne pas toujours le résultat voulu à la première prise, mais quand ça marche, c'est génial.»

Vous n'avez sans doute jamais été aussi demandée! Pouvez-vous expliquer ça?

«Je pense que, dans toute carrière artistique, le facteur du hasard joue parfois un rôle important. Dans le chef d'une actrice, il suffit parfois d'un film plus important, ou qui dépasse l'impact que vous avez vous-même imaginé, pour susciter ou inspirer l'envie d'autres réalisateurs. Cela ne s'explique pas toujours, mais en tous les cas il s'agit là d'une situation particulièrement agréable à vivre.»

© La Dernière Heure 2006