Hugues Dayez tire un joli portrait de la plus grande star du cinéma belge.

Même âge (51 ans), même passion pour la BD et le 7e art, même goût pour l’humour caustique. Depuis que Benoît Poelvoorde a accordé sa toute première interview à Hugues Dayez, en 1992, sur une plage cannoise, pour C’est arrivé près de chez vous, tous deux marquent à leur manière le cinéma belge. Une complicité qui se prolonge via Poelvoorde l’inclassable, une compilation de 23 ans d’entretiens disponible en librairie dès aujourd’hui.

"J’aime beaucoup la sobriété, explique le M. Cinéma de la RTBF. La photo de couverture, en noir et blanc, donne le ton : c’est un Poelvoorde intime, plus grave, plein de doutes, sans fard et pas en représentation que je tente de faire découvrir."

En intro, vous ne le citez pas parmi les stars les plus impressionnantes. Étonnant…

"J’ai énormément d’affection pour lui mais je ne suis pas dans mes petits souliers avant de l’interviewer. Son parcours, par contre, m’impressionne car il aurait pu exploser en vol après trois films. C’est le seul de C’est arrivé près de chez vous qui a percé alors qu’il n’avait pas fait d’études de cinéma, contrairement à ses amis."

Pourquoi sortir ce livre maintenant ?

"Il permet de terminer la boucle. On se souvient de son : Gamin, reviens, c’est pour rire , qui devient, dans Le Tout Nouveau Testament : Reviens, papa n’est pas fâché . Je ne cache pas que cela m’aurait aussi fait mal que le premier bouquin sur Poelvoorde soit réalisé par un journaliste français qui ne le connaît que depuis trois ans par exemple. J’aime bien écrire pendant les vacances et je m’étais dit que ce serait un joli bonbon pour l’esprit. Je me suis maudit : cela a été un travail de bénédictin de retrouver par exemple des vieilles cassettes (vous imaginez !) un peu pourries, de tout retranscrire et de ciseler en respectant ses phrases."

Pourquoi des interviews plutôt qu’une bio classique ?

"En tant que lecteur, j’adore les bouquins d’entretiens. Cela donne l’impression d’assister à une longue conversation ininterrompue. D’ailleurs, les mêmes thèmes sont souvent abordés : la lassitude par rapport à la promo, comment basculer d’une économie du cinéma assez modeste à des productions bling-bling où il se perd et s’épuise. Il y avait des fils conducteurs et cela permet de suivre son évolution. C’est plus une photographie. On ne sait pas ce qu’il va faire : peut-être son chef-d’œuvre avec le nouveau Kubrick. Le but, c’est d’essayer de cerner l’animal, et c’est loin d’être simple (rire) . Il est assez pudique. Je n’ai pas voulu m’appesantir sur ses excès ou ses blessures secrètes, pour laisser se dégager une sorte d’autoportrait fidèle à sa personnalité."

Comment y a-t-il réagi ?

"Il ne lit pas plus ses interviews qu’il ne regarde ses films. Je ne sais donc pas ce qu’il en pense. On ne fait pas copain-copain à tout prix. Il sait que je n’ai pas aimé tous ses films mais il me fait confiance. L’important, c’est le voyage. Et il a ouvert la voie à des François Damiens ou Bouli Lanners par exemple. Ce n’est pas rien. Et pourtant, il se pose de plus en plus de questions."

Poelvoorde l’inclassable, Hugues Dayez, La Renaissance du Livre.

© D.R.