Clotilde Courau ne sait pas pourquoi le cinéma ne pense pas à elle. Pour l’instant…

DEAUVILLE envoyée spéciale en france isabelle monnart

Pas facile de trouver les mots justes lorsqu’on interviewe Clotilde Courau. Un terme inadéquat et la voici qui lève les yeux au ciel et lance un petit rire qui vous donne l’étrange impression d’être complètement passée à côté de votre sujet. Genre : Vous êtes recalée, Madame, vous ne reviendrez pas en deuxième semaine.

À sa décharge, la journée a été longue, elle a enchaîné les projections – son rôle de membre de jury – et les interviews jusqu’à tard dans la journée – son rôle de membre du jury, toujours. Pourtant, on sent chez elle une envie de bien faire, de répondre le plus justement possible aux questions qu’on lui soumet. Même quand, de son propre aveu, elle n’a jamais réfléchi au sujet.

Ainsi sur l’envie que certains rôles peuvent susciter chez les comédiennes… D’abord elle nous fait des yeux ronds. “Je ne comprends pas où vous voulez en venir.” Puis elle se marre. “Mais ça n’a pas de sens…” Enfin, elle concède qu’effectivement, au théâtre, les rôles du répertoire ont ceci de pratique qu’ils peuvent être joués tour à tour par différentes actrices, au contraire du cinéma. Mais que cela ne la frustre en aucun cas. “Il faut regarder devant” , dit-elle.

Ce qu’elle a choisi de faire, préférant initier des projets plutôt que d’attendre que ceux-ci viennent à elle. Puisque, du reste, ce n’est plus vraiment le cas ces dernières années. “Là, pour moi, c’est vraiment une question qui reste sans réponse. Mais ça arrive, dans une carrière : il y a des moments où il n’y a pas de demande. Voilà. Je ne reçois, tout simplement, pas de propositions au cinéma. Mon agent américain ne comprend pas, il me dit que j’ai une certaine notoriété, que je suis disponible… Effectivement. Mais c’est comme ça.”

Une ébauche de réponse est peut-être à chercher dans la nouvelle vie de Clotilde Courau, mariée en 2003 à Emmanuel-Philibert de Savoie et qui a fait d’elle une Altesse royale, princesse de Savoie, de Venise et de Piémont. Et si, simplement, les réalisateurs n’osaient plus l’approcher ? S’ils étaient persuadés que ses centres d’intérêt, aujourd’hui, étaient ailleurs ? Elle n’a manifestement pas envie de nous suivre dans cette voie. “Je travaille, je fais passer le message que je travaille” , poursuit-elle. “Il faut être au courant qu’un scénario existe pour dire que vous avez envie de faire un film. C’est comme dans une histoire d’amour. J’aime bien cette comparaison : une fille qui porte en elle la détresse de l’amour va avoir tendance à être dans un cycle où elle ne va jamais trouver d’amoureux. Je pense qu’une actrice, c’est un peu pareil : si vous êtes dans une dynamique de détresse parce que vous êtes en manque de jeu, en manque de rôle – ce qui n’est pas mon cas, parce que le fait qu’on ne me voie pas au cinéma a fait naître des projets que j’ai initiés – ils ne viendront pas à vous.”

Outre des aventures à venir dont elle se réjouit d’avance (lire ci-dessous), Clotilde Courau est également apparue, en début d’année, dans la série Platane , de son pote Eric Judor (qu’elle a été bien contente de croiser quelques jours plus tôt à Deauville).

“Le hasard a fait qu’il a pensé à moi et que j’étais disponible… Son projet est complètement décalé et jouer avec un tel second degré m’emballait. On me demandait presque de jouer faux, on n’était pas dans le sérieux. Je n’avais jamais expérimenté ça, donc c’était intéressant. Me mettre en danger, me remettre en question, c’est ça qui m’intéresse.”



© La Dernière Heure 2012