Ancienne étudiante en médecine promise à un bel avenir, Cassie (Carey Mulligan) a tout plaqué pour retourner vivre chez ses parents dans un bled de l’Ohio, où elle gagne sa vie comme serveuse dans un coffee-shop, tenu par son amie Gail (Laverne Cox). La nuit, elle sort en boîte, où elle feint d’être totalement saoule. Et à chaque fois, un gars se propose de la ramener chez lui pour profiter de la jolie blonde sans défense. Sauf qu’une fois que l’abuseur découvre que Cassie est en fait sobre, c’est lui qui prend peur…

Si la jeune femme se met ainsi en chasse de violeurs, c’est en mémoire de sa meilleure amie Nina Fisher, violée à la fac par leur condisciple Al Monroe. Rencontrant par hasard Ryan (Bo Burnham), pédiatre avec qui elle a fait ses études et qui craque sur elle, Cassie découvre qu’Al est rentré d’Angleterre pour se marier…

Carey Mulligan inquiétante

Actrice anglaise - vue il y a peu en Camilla Parker Bowles dans la série Netflix The Crown -, Emerald Fennell signe un premier long métrage radicalement féministe, qui s’attaque frontalement à une question taboue aux États-Unis, celle des viols sur les campus universitaires. Où, bien souvent, par manque de preuves ou grâce à des avocats grassement payés, les violeurs s’en sortent comme une fleur… Selon les estimations du Département de la Justice américaine, une femme sur six serait ainsi victime d’une agression sexuelle durant ses études. Et seulement 10 % d’entre elles oseraient porter plainte.

Pour aborder cette question difficile, Fennell a choisi le genre, plus exactement celui du "rape and revenge" (viol et vengeance), transformant Carey Mulligan en véritable chasseuse de violeurs. Loin de son image de jeune femme douce et fragile (comme on l’a vue dans Drive, Shame , Loin de la foule déchaînée ou récemment dans The Dig ), l’actrice britannique de 36 ans s’éclate ici dans un rôle de psychopathe en croisade contre les "porcs". Un rôle qui lui a d’ailleurs valu une nomination à l’Oscar, quand Fennel empochait, elle, celui du meilleur scénario original.

Pas de complaisance

Ce qui surprend dans Promising Young Woman, c’est son côté comédie noire pop, virevoltante et colorée, mais aussi son refus de montrer, non seulement le viol mais aussi la violence - sauf dans une scène, véritablement glaçante. La jeune cinéaste évite ainsi la complaisance pour la violence ou la nudité souvent associée au "rape and revenge" - on se souvient évidemment du choc d’Irréversible de Gaspard Noé en 2002. Et si elle multiplie les clins d’œil à la comédie romantique, c’est justement pour mieux faire voler en éclats les représentations traditionnelles des jeunes femmes dans le cinéma américain, en proposant une héroïne radicale, en guerre contre le patriarcat !

Promising Young Woman Comédie noire Scénario & réalisation Emerald Fennell Photographie Benjamin Kracun Avec Carey Mulligan, Bo Burnham, Alison Brie, Adam Brody, Laverne Cox, Alfred Molina… Durée 1h53.

© D.R.