Cinquante ans de Chabadabada, de caméra qui tourne inlassablement autour d’un couple amoureux sur la plage de Deauville, d’images plus romantiques et percutantes les unes que les autres. Difficile de croire qu’Un homme et une femme, le chef-d’œuvre de Claude Lelouch (élevé au titre de commandeur de l’ordre de Léopold, vendredi dernier, à Bruxelles), fête déjà son demi-siècle d’existence. Mais l’occasion est trop belle pour jeter un petit coup d’œil nostalgique et attendri dans le rétro…

Box-office

4.269.209 entrées. Le meilleur résultat de la carrière de Claude Lelouch. Et de loin : L’aventure c’est l’aventure (3,8 millions d’entrées en 1971), Itinéraire d’un enfant gâté (3,25 millions en 1988) Les uns et les autres (3,23 millions en 1980) sont ses plus proches poursuivants. Malgré cela, Un homme et une femme n’entre pas dans le top 100 du box-office des films français.

Prix

Palme d’or à Cannes, Oscar du meilleur film étranger, Oscar du meilleur scénario et deux nominations aux Oscars pour la réalisation et la meilleure actrice, Anouk Aimée.

Anouk Aimée

Claude Lelouch a souvent tourné avec les femmes de sa vie. Mais n’a eu aucune aventure avec Anouk Aimée. Pourtant, elle a trouvé, un temps, l’amour sur le plateau. Avec Pierre Barouh, le compositeur du fameux Chabadabada. Il fut le troisième de ses quatre maris, après Edouard Zimmerman, Nikos Papatakis et avant Albert Finney.

Aujourd’hui, à 84 ans, elle n’a plus tourné depuis 2012. Et son dernier succès remonte à 1996, dans Hommes, femmes, mode d’emploi, de Claude Lelouch.

Jean-Louis Trintignant

L’acteur de 86 ans avoue s’être laissé baratiner par le réalisateur. "Claude ne donne pas de scénario à ses acteurs. Il raconte ce qu’il veut. C’est un grand menteur." Néanmoins, il change un point essentiel du récit : Jean-Louis Duroc, qui devait être médecin, devient pilote automobile. Une idée qui change tout le film. La voiture surpuissante symbolisera en effet la fureur d’aimer, l’impatience des amants à se retrouver.

Même s’il annonce souvent sa retraite, le César du meilleur acteur pour Amour et Prix d’interprétation à Cannes pour Z, a toujours un projet sur le feu. Cinq ans après Amour, il va retrouver Michael Haneke dans Happy End, annoncé pour 2017.

Claude Lelouch

Malgré les critiques mitigées pour Salaud on t’aime et Un + Une, le cinéaste de 79 ans va encore faire l’événement en 2017 avec sa 46e réalisation, Chacun sa vie et son intime conviction qui réunit Jean Dujardin, Johnny Hallyday, Julie Ferrier, Marianne Denicourt, Christophe Lambert, Béatrice Dalle, Gérard Darmon, Nadia Farès, Antoine Duléry, Rufus, Chantal Ladesou, Jean-Marie Bigard, Francis Huster, Pauline Lefevre, Ramzy, Michel Leeb, Vanessa Demouy, Rapahël Mezrahi, Elsa Zylberstein, William Leymergie, Kendji Girac et trois de nos compatriotes, Stéphane de Groodt, Déborah François et Isabelle De Hertogh. Dingue…

85e au Rallye de Monte-Carlo

Un homme et une femme, c’est un couple à trois : Anouk Aimée, Jean-Louis Trintignant et une Ford Mustang GT. C’est au volant de ce bolide de rallye que l’acteur avale la route entre Monte-Carlo et Deauville pour retrouver Anouk Aimée. Et qu’il entre dans l’histoire du cinéma pendant que la caméra du cinéaste filme les changements d’état d’esprit de son personnage mais aussi la pluie qui s’abat sur son pare-brise. Au petit matin, sur la plage de Deauville, la voiture rend le décor encore plus glamour.

Tout comme Claude Lelouch, Jean-Louis Trintignant est amoureux de la vitesse. Et d’ailleurs, au volant de ce modèle unique (une seule voiture fut utilisée durant le tournage), ils ont pris part au Rallye de Monte-Carlo et ses épreuves de nuit. "Dans le film on termine deuxièmes. En réalité, on s’est classé 85e…" a expliqué l’acteur.

Écrit en 2 heures, tourné en 13 jours

C’est l’histoire d’un film qui n’aurait jamais dû exister. En 1965, Claude Lelouch déprime. Comme ses films précédents, Les grands moments est un échec. "Comme d’habitude quand je ne vais pas bien, je prends ma voiture. Il fait nuit, je fonce dans le noir total, très vite, en direction de Deauville."

Il ne s’arrête qu’au bord de la plage et s’endort. À l’aube, il est ébloui par la lumière et la silhouette d’une femme. Il veut la rattraper mais n’y arrive pas. Son imagination s’enflamme. En deux heures, dans un bistro face à la gare, il écrit le scénario d’Un homme et une femme.

Il file ensuite à Paris. Toujours pied au plancher. Personne ne veut financer sa romance. Alors, il tourne un documentaire sur le Tour de France pour réunir les fonds. Il tourne à Paris et Deauville en 13 jours, en décembre 1965. Treize devient son nombre magique et sa société s’appelle les Films 13…