Cinéma Ralph 2.0 : le net, les princesses Disney et Star Wars au menu de cette suite brillante.

SJF, sans jeux fixe, voilà ce que risque de devenir Vanellope, la super championne de Sugar Rush. Ralph avait pourtant voulu lui faire plaisir en construisant un nouveau chemin boueux rien que pour elle. La joueuse derrière la console arcade, désireuse de gagner haut la main, ne partageait pas son goût pour le hors-piste. Un conflit d’intérêts qui vire à l’épreuve de force, avec destruction du volant à la clef. Or, on n’en fabrique plus. À moins de s’en procurer un à prix d’or sur Internet, Sugar Rush est bon pour la casse.

Loin de ces basses considérations financières, puisque le wi-fi vient d’être installé, Ralph et Vanellope décident de partir en quête du guidon sur le net. Sans avoir la moindre idée de ce qui les attend ou du moyen de financer l’achat.

Notre avis Après avoir réussi l’impossible, c’est-à-dire visualiser les émotions dans le génial Vice-versa, les grands gamins de Pixar récidivent avec Ralph 2.0 (Ralph Breaks the Internet en anglais. Cette fois, le fonctionnement d’Internet est illustré à coups de trouvailles brillantes, avec des déplacements supersoniques vers les sites, des pop-up foireux promettant monts et merveilles, des aspirateurs à cœur, des cotes de popularité qui passent du néant aux sommets en quinze secondes avant d’emprunter encore plus vite le chemin inverse, des commentaires dévastateurs de la part de parfaits inconnus ou des jeux en ligne ultraviolents. Comme Slaughter Race, une course-poursuite où tous les coups sont permis, dans laquelle Vanellope s’éclate comme jamais.

Comme si cela ne suffisait pas, la petite conductrice fait la connaissance de toutes les princesses Disney. Pas nécessairement heureuses de leurs accoutrements. Ni de la présence de Mérida, dont elles ne comprennent pas un traître mot de ce qui sort de sa bouche. Logique : "Elle vient de l’autre studio…" Les héros de Star Wars sont aussi de la partie. Et si Ralph doit emprunter la robe de Blanche-Neige (légèrement serrée aux entournures…), c’est un virus qui se prend pour King-Kong qu’il doit affronter.

Tout cela est tellement foisonnant qu’on ne sait où donner de la tête. C’est drôle, ultra-référencé, touchant et, surtout, très interpellant. Car les aspects négatifs de notre usage du net ne sont pas passés sous silence (à part la pornographie, évidemment : on reste dans l’univers Disney). Et les réflexions sur le sens de l’amitié ou le monde auquel on appartient sortent des habituels clichés.

Les sujets de discussion en famille ne manqueront donc pas à la sortie de la salle. Y compris pour ceux qui resteront jusqu’à la fin du générique. Les deux scènes proposées en bonus sont hilarantes pour la première (Ralph nous met en tête l’obsédant Never Gonna Give You Up) et franchement trash pour la seconde (les plus petits n’apprécieront pas nécessairement ce qui est suggéré et il vaut peut-être mieux leur éviter ça).

Voilà un film d’animation qu’on peut revoir plusieurs fois tout en découvrant de nouveaux clins d’œil. Un must aussi bien pour les kids que pour les grands-parents, qui comprendront mieux comment fonctionne la Toile après ça.

Mais aussi: 

Une affaire de famille

La Palme d’or

Notre avis Un père et son gamin sortent d’une supérette. Avec une gamine de quatre ans. Yuri était toute seule sur le balcon. Elle avait froid, elle avait faim, elle les a suivis. Ces Shibata agglutinés dans une pièce bordélique ne composent pas une banale famille du quart-monde, mais une famille dysfonctionnelle, carrément criminelle. Ce père qui apprend à son enfant à voler n’est pas le seul condamnable, quand on découvre ce que fait la fille, la grand-mère. D’ailleurs, ils sont tous complices de l’enlèvement d’un enfant. Et pourtant, ce n’est pas l’avis du spectateur car Hirokazu Kore-Eda lui a montré la situation d’un autre point de vue. Le cinéaste se positionne et rend compte de la nature profonde des liens familiaux avec simplicité, limpidité. Il s’en prend aussi sans éclats mais virulemment à l’aveuglement des services sociaux, et de tout un chacun, en réalisant ce film puissamment sensible, capable d’élargir le regard de ses spectateurs. Car il y a du Chaplin du Kid dans cette Affaire de famille.

Roma

Drame Les souvenirs d’Alfsono Cuarón

Notre avis Alfonso Cuarón retrouve le Mexique, dans un film aux fortes consonances autobiographiques, où il revient sur ses souvenirs d’une enfance passée à Roma, quartier aisé situé à l’ouest du centre historique de Mexico. Tournée en noir et blanc, cette longue plongée dans la vie quotidienne de la petite bourgeoise mexicaine au début des années 70 se démarque par une mise en scène magistrale. Il n’adopte sur ses souvenirs ni son point de vue ni celui de ses parents, mais celui de Cleo, l’une des deux servantes indigènes de la famille. Au drame quotidien d’une famille qui se déchire - le père, Antonio, étant parti avec une maîtresse plus jeune -, Cuarón ajoute la description d’un pays en pleine ébullition politique - c’est l’époque de grandes manifestations estudiantines pour la démocratie, réprimées dans le sang par un régime autoritaire. Un pays, surtout, profondément déchiré par les inégalités sociales et par le racisme. Car les enfants ont beau aimer Cleo, celle-ci reste la bonne, l’Indienne…

Rémi sans famille 

Mélodrame Mélo enfantin

Notre avis Diffusé à partir de 1982 sur TF1, le dessin animé japonais Rémi sans famille a fait pleurer des générations d’enfants qui n’auraient sans doute jamais lu Sans famille, le roman d’Hector Malot publié en 1872. Après trois adaptations cinématographiques (en 1925, 1932 et 1958), l’orphelin et le saltimbanque Vitalis font leur retour au grand écran, pour parcourir les routes de la France du XIXe siècle avec le chien Capi et le singe Joli-Cœur. L’histoire est connue, rabâchée même. Et l’on se demande ce qui a poussé Antoine Blossier vers cette adaptation. Il signe un mélo carte postale tout ce qu’il y a de plus convenu. Les décors sont jolis, les costumes très historiques, la fausse neige très fausse, les personnages sont caricaturaux et les sentiments très appuyés. Même Daniel Auteuil, en brave Vitalis, ne parvient pas à trouver le ton juste pour dépasser l’émotion de façade. Tout sonne tellement faux dans cette nouvelle version que le film ne dégage même pas ce petit parfum réconfortant du classicisme assumé…