Le petit lieutenant. Xavier Beauvois brûlait de faire un polar

BRUXELLES Drôle de personnage que Xavier Beauvois, un auteur qui aime garder son jardin secret et qui pourtant déteste la langue de bois. En s'attaquant au script de son Petit Lieutenant, l'auteur avait bien l'intention de concrétiser un vieux rêve: celui de réaliser un polar. Un film de genre... Mais avec une idée bien précise de son film dans la tête!

Le petit lieutenant ne ressemble guère aux polars conventionnels. Comment l'avez-vous imaginé?

«De la façon la plus simple et la plus directe qui soit: en explorant le terrain. J'ai pris comme contre-exemple toutes les séries télé qu'on nous balance aujourd'hui, parfois depuis des années si pas des décennies. Aucun scénariste de ces productions n'a sans doute mis les pieds dans un commissariat. Et dès lors ils imaginent n'importe quoi. Dans le genre ridicule, il y a ces passages fréquents dans les séries où on voit les flics en civil sortir du commissariat avec leur brassard. Le brassard, on ne le porte qu'au moment de l'intervention, pour ne pas se confondre avec les voyous qu'on veut arrêter. Ce n'est qu'un détail parmi tant d'autres...»

Vous avez poussé le réalisme jusqu'à prendre des gens du terrain comme comédiens...

«Le traducteur russe est un vrai traducteur russe qui travaille pour la police parisienne, et le SDF polonais qui est au coeur de l'enquête est lui aussi un vrai SDF polonais. Pourquoi chercher ce qui doit être impossible à trouver dans la profession alors qu'on a l'occasion d'avoir ce qu'il y a de plus vrai sous la main?»

Vous conviendrez tout de même que ces comédiens improvisés sont... tout le contraire d'une Nathalie Baye!

«Naturellement. J'avais déjà travaillé avec Nathalie et je connaissais ses capacités. Je pense qu'avec les acteurs professionnels, en ce qui me concerne, c'est une question d'osmose. Si on se comprend tout de suite, ça marche. Avec Nathalie, pas besoin de longs discours. Elle comprend immédiatement ce qu'on lui demande. Nous avons des atomes crochus. Sur le plateau, je n'ai quasiment jamais dû faire de remarque, tellement cela se passait bien avec tout le monde.»

Faire un film sans musique, n'est-ce pas pousser le bouchon du réalisme un peu trop loin?

«Un jour, sur le plateau, on m'a demandé Qu'est-ce que tu vas mettre comme musique là-dessus? Je n'en savais rien et là, je me suis fait le pari de me passer de musique, en me disant bêtement que quand un flic se balade dans la rue, il n'est généralement pas suivi par un quatuor à cordes. Puis je me suis dit que le film se suffirait à ses images, à ses dialogues et à son bruitage naturel. Je répète que c'était un pari avec moi-même. Je ne veux pas dire que tous mes prochains films se passeront d'une bande musicale...»

© La Dernière Heure 2006