Le réalisateur de Brazil a toujours un faible pour Don Quichotte

BRUXELLES Mardi soir, la cinémathèque lui avait dédié toute sa soirée. Outre la présentation de son dernier film, Tideland, qui sort le 28 juin, Terry Gilliam avait eu droit à une rencontre avec son public, lequel, ravi, peut redécouvrir ses films dans de bonnes conditions. Il n’en fallait pas plus pour mettre l’ex-citoyen américain (”J’ai renoncé à ma nationalité. Je suis à présent totalement britannique”) d’excellente humeur en cette belle journée de juin.

Et histoire de profiter un maximum du si rare soleil bruxellois, c’est dans les jardins du Botanique, assis dans l’herbe, qu’il avait décidé de donner ses interviews. Sauf qu’une fois notre tour arrivé, l’ex-Monthy Python décidait de changer de décor et s’installait sur une chaise spartiate, nous laissant galamment celle rembourrée de petits coussins. “Je ne suis pas galant du tout”, dit-il taquin. “C’est juste que ces journées d’interviews sont épuisantes et que si je suis trop bien assis, je risque de m’endormir…”

Il n’en fut rien, pourtant, et, quarante-cinq minutes durant, le réalisateur occasionnellement acteur (il l’était récemment dans le film de son ami Albert Dupontel), prit même un malin plaisir à rebondir sur les questions avec pertinence et intelligence. Oui, il a retrouvé son enthousiasme de metteur en scène grâce à Tideland. Mais, au fond, où l’avait-il perdu ? “Ah, c’est une longue histoire”, dit-il en levant les yeux au ciel. “Il y a, évidemment, eu toute l’histoire du tournage de Don Quichotte. Cinq ans de ma vie sont passés en tergiversations : va-t-on faire le film ou pas ? Puis il y a eu Les frères Grimm et, là, j’ai eu des relations de travail très difficiles avec les frères Weinstein.
Tideland a été vraiment un moment agréable. Comme des vacances, presque.”

Aîné d’une fratrie de trois enfants, Terry Gilliam confesse qu’à l’inverse de Jeliza-Rose, sa petite (et époustouflante) héroïne de Tideland, il n’a jamais été un gosse solitaire. Son goût pour le travail d’équipe lui est d’ailleurs resté, lui qui n’aime rien tant que se retrouver sur un tournage, entouré d’une équipe si possible pléthorique, avec laquelle il y aura moyen de bien rigoler. “Mais j’aime aussi avoir dans un coin de ma tête la certitude que je vais pouvoir, à un moment donné, me retirer, me retrouver seul et réfléchir à mon aise.” Ici, “dans ce pays surréaliste”, ou ailleurs, comme en Italie, où il a racheté un château en ruine et une petite maison attenante. “Mais construite avec les pierres du château”, précise ce grand rêveur.

Aujourd’hui, tout en travaillant sur un prochain projet intitulé Good Omens, très cher et plein d’effets spéciaux (en fait, l’adaptation d’un livre de Terry Pratchett et Neil Gaiman), le réalisateur ne désespère pas de voir aboutir un jour sur grand écran, malgré tout, son homme de la Mancha. “Johnny Depp est toujours sur le coup”,
confirme-t-il. “Mais pour l’instant, nous sommes toujours entre deux procès. Les Allemands attaquent les Français qui vont en appel. J’espère qu’un jour, tout ceci sera réglé et que je vais pouvoir remettre mon script sur les rails.”

Il ne lui restera plus qu’à trouver un remplaçant à Jean Rochefort, “qui, autant que je sache, n’est toujours pas assez en forme pour monter sur un cheval. Du reste, vous savez quoi, le cheval est mort. Je vous le jure. C’est triste, non ?”