Le scandale provoqué par Adèle Haenel, qui a quitté bruyamment la salle des Césars alors que Roman Polanski décrochait son cinquième trophée en tant que meilleur réalisateur pour J’accuse, aura finalement peut-être entraîné plus de répercussions qu’elle ne l’imaginait elle-même.

Depuis son départ des États-Unis pour échapper à la prison, en janvier 1978, le cinéaste polonais naturalisé français deux ans auparavant a toujours bénéficié d’énormément de soutien dans l’Hexagone. Il a pu y réaliser ses films, collectionner les récompenses prestigieuses (Palme d’or à Cannes, prix de la réalisation et du meilleur film aux César - tout comme aux Oscars - pour Le Pianiste en 2002) et faire oublier son passé judiciaire.

Même son arrestation à Gstaad, en raison d’une demande d’extradition américaine, n’avait pas réussi à lui faire perdre ses alliés. Mais cette fois, le mouvement #MeToo et la colère d’une partie du cinéma français a manifestement changé la donne. Alors qu’il tourne actuellement à Gstaad The Palace, une comédie noire sur un hôtel de Polonais dans la cité suisse, son producteur, Luca Barbareschi, s’est plaint dans les colonnes de Variety d’avoir été lâché en France. "J’ai réussi à monter la production en un an sans la France puisque la France ne voulait pas investir le moindre euro sur Polanski."

Pire pour lui : il craint que la fiction de 17 millions € emmenée par Fanny Ardant, Mickey Rourke, John Cleese et Oliver Masucci ne soit boycottée par les salles d’outre-Quiévrain. "Si le film ne sort pas en France, c’est un crime, lâche-t-il. Si vous considérez que J’accuse n’a pas été montré dans les pays anglophones, cela me terrifie."

D’après le producteur, de nombreux acteurs ont aussi refusé de participer à The Palace. Qui, en cas d’échec, pourrait donc bien marquer un point final à la filmographie du cinéaste de 88 ans.