Les larmes aux yeux, la comédienne est venue présenter à Namur Elle s'appelle Sabine

NAMUR Elle est arrivée au Festival de Namur, hier, arborant toujours l'un des plus beaux sourires du cinéma français. Mais ses traits se creusent, ses yeux se brouillent de larmes, à mesure qu'elle évoque le documentaire intimiste qu'elle a elle-même réalisé sur sa soeur autiste, âgée de 38 ans, Sabine.

Elle s'appelle Sabine : le sourire d'une jeune femme épanouie qui respire la joie de vivre. Sabine. Quelques séquences plus tard, le même visage, mais ravagé par un séjour de cinq années passées dans un hôpital psychiatrique où elle sera diagnostiquée bien tardivement, à l'âge de 32 ans, "psycho infantile avec des comportements autistiques".

Le film dresse un constat quasi journalistique sans porter de jugement : "Dès la première année d'internement, elle a décliné mentalement et physiquement, se souvient Sandrine Bonnaire, son aînée d'un an. J'étais très nostalgique de la Sabine d'avant. Quand je l'ai comparée à celle d'après, j'ai éprouvé un sentiment d'injustice. Quelque chose de la Sabine d'avant s'était éteint et cette sensation était très douloureuse. Ces cinq ans d'internement à l'hôpital ont été comme une sentence, c'est comme cinq ans de prison. Voilà pourquoi j'ai eu envie de faire un film. Je voulais montrer Sabine avant, avec toutes ses capacités et Sabine après ".

La comédienne pointe du doigt les conséquences d'un internement dans un établissement inadapté : "L'autisme n'est pas une maladie, mais un handicap", explique Sandrine Bonnaire qui revendique l'ouverture de petites structures, lieux de vie.

"Ce qui est important pour moi, c'est de faire passer un message de sensibilisation. Je tenais beaucoup à ce que ce soit moi qui la filme. C'est un dialogue entre nous, pas trop construit. Je voulais montrer, par exemple, cette façon qu'a Sabine de demander plusieurs fois la même chose, par peur de l'abandon. Je voulais un rapport direct, sans tricherie. Les seuls problèmes que j'ai rencontrés sont en rapport avec la violence, quand, par exemple, elle me tire les cheveux. Car Sabine n'a pas les mêmes codes que nous" , explique la comédienne.

La réalisatrice, qui a tourné son documentaire en 2006, a su éviter le piège du pathos et de l'impudeur. Le documentaire transpire l'émotion à fleur de peau : "Une scène qui m'a bouleversée, c'est quand elle se regarde à New York. Sabine qui n'avait plus de larmes depuis des années, a pleuré. C'est une héroïne, Sabine, c'est une personne merveilleuse".

Sabine a aimé le documentaire. "Il l'a apaisée. Sabine aimait tant autrefois que je la filme. Au fil du filmage, son visage s'est transformé. Sabine comprend qu'elle a une soeur comédienne. Ah ! on va faire un film sur moi et je vais faire l'actrice, a-t-elle dit. Ce n'est pas faux, d'une certaine manière. Elle m'a demandé un DVD du film, elle regarde le film tous les jours."

Quant à Sandrine Bonnaire, elle semble avoir pris goût à la réalisation de documentaires : "Je me suis sentie utile ".



© La Dernière Heure 2007