Thomas Ancora a sorti son premier film, Losers Revolution , mercredi. Mais personne ne pourra le voir en salle.

Mercredi dernier, Thomas Ancora était aux anges. Sa toute première réalisation, Losers Revolution, une comédie bien déjantée comme on ne peut en tourner qu’en Belgique, sortait en salle, précédée de critiques positives. Mais aujourd’hui, le grand sourire a disparu. La fermeture des cinémas a brisé son rêve. C’est en effet lors du premier week-end d’exploitation que se joue la carrière d’un film. Et personne ne pourra voir le sien.

"Cela m’a brisé le cœur quand je l’ai appris , nous explique-t-il. La nouvelle de la fermeture m’est parvenue alors que je revenais d’une avant-première à Namur, et je me suis dit que c’était peut-être la dernière fois que j’avais vu le film dans une salle remplie de gens qui rient. C’est dramatique."

Tourné avec un tout petit budget (un peu plus de 300 000 €), il comptait beaucoup sur le bouche-à-oreille pour faire carrière en salle. "On a beaucoup bossé au niveau de la promotion. Les 500 places du Grand Eldorado à Bruxelles étaient toutes occupées pour l’avant-première. À Charleroi et Namur, le public était aussi très enthousiaste. Les gens nous disaient : ‘Merci, on en a tellement besoin pour le moment.’ On sentait l’engouement autour du film. On avait le sentiment d’avoir réussi un truc. Mais là, c’est fichu. Pour nous, c’est donc une catastrophe."

Son plus grand espoir, maintenant, c’est de pouvoir représenter Losers Revolution en salle dans quelques semaines, lorsque les mesures de confinement seront levées. "Je ne sais pas si nous pourrons nous permettre une nouvelle campagne d’affichage. Cela coûte cher. On compte donc surtout sur la publicité faite par les rares personnes qui l’ont vu lors des avant-premières. On espère pouvoir ressortir le film, mais il n’y a jamais eu de précédent, on nage donc dans le flou. Vu la conjoncture, tous les films sont déprogrammés. Et on ignore quand ils seront de nouveau proposés. Les Américains risquent d’attendre la fin de l’année, donc au moment où les cinémas rouvrent, on évitera peut-être l’embouteillage. Mais sans aucune certitude. Là, j’ai l’impression de me trouver dans un film américain apocalyptique. On va donc devoir changer notre slogan : ‘On a survécu au coronavirus’…"

Il éclate de rire. Mais le cœur n’y est pas. "C’est triste. Si le film avait été mal accueilli, au moins, on aurait eu une bonne excuse (rire) . Là, c’est l’incertitude totale. Et pour les cinémas aussi. Il va falloir réussir à caser tous les films. Et dans un an, vu que tous les tournages sont interrompus, il n’y aura plus grand-chose à mettre à l’affiche. Cela dérègle tout. C’est difficile à encaisser. Quand on a placé autant d’espoir dans un projet pendant autant de temps, cela fait mal. Même si, bien sûr, on comprend totalement cette décision. On a traversé quelques galères et on s’en est chaque fois sorti. Je me dis que ce film est placé sous une bonne étoile. On sera donc peut-être tout seul à l’affiche quand il ressortira (rire) ."

Il ne reste plus qu’à savoir quand.