Il tourne le dos au cinéma peu avant son 75e anniversaire. Sauf s'il reçoit une offre mirobolante...

EDIMBOURG Sean Connery a retenu les leçons de la saga James Bond. Il ne dit plus jamais jamais. Même au moment de prendre sa retraite, il se garde une (petite) porte de sortie. A quelques semaines de son 75e anniversaire (le 25 août), il a annoncé son abandon de la carrière cinématographique à moins de recevoir une offre «de type mafieuse que je ne pourrais pas refuser.» Une manière comme une autre, en bon Ecossais, de faire grimper les prix d'un éventuel futur dernier cachet. Pour La ligue des gentlemen extraordinaires, son soixante-cinquième et dernier long métrage en date, sorti voici deux ans dans les salles, il avait perçu la bagatelle de 17 millions de dollars. Voilà George Lucas et Steven Spielberg prévenus, s'ils veulent toujours l'enrôler comme père d'Harrison Ford dans le très attendu mais tout aussi souvent reporté Indiana Jones 4.

En dépit de son trait d'humour, l'argent ne suffira peut-être pas à le convaincre de revenir sur les plateaux. Voici quelques mois, il a renoncé à un très lucratif contrat d'un million et demi d'euros pour écrire ses mémoires. L'éditeur voulait trop de détails intimes à son goût. «J'ai réalisé que j'allais passer la meilleure partie de ma vie, et probablement le reste de ma vie, à essayer de corriger toutes les inexactitudes, et je ne peux plus me mettre en colère.»

Le verbe acerbe et l'humour très scottish, Sean Connery a justifié par quelques réflexions cruelles vis-à-vis d'Hollywood son retrait du 7e art. «J'en ai marre de ces idiots... et du fossé qui se creuse toujours un peu plus entre ceux qui savent comment on réalise un film et ceux qui donnent le feu vert au tournage. Je ne dis pas qu'ils sont tous stupides. Je dis juste que nombre d'entre eux sont très forts dans ce domaine-là.»

Après avoir refusé de jouer dan s L'affaire Thomas Crown et dans les deux suites de Matrix, il a expliqué pourquoi il n'avait pas accepté d'incarner Gandalf dans la trilogie du Seigneur des anneaux, comme le lui proposait Peter Jackson: «Je n'ai jamais compris le rôle.» A l'avenir, il n'aura plus à se casser la tête avec les scripts...

Personnage à part dans le monde du cinéma, doté d'un charisme hallucinant (il avait encore décroché le titre d'acteur le plus sexy de la planète à 60 ans, ce qui l'avait poussé à sortir, impassible, cette réflexion toute britannique: «Bien, il n'y a pas beaucoup d'acteurs sexy morts, n'est-ce pas?»), le géant écossais a toujours fait montre de causticité vis-à-vis de l'industrie du rêve à laquelle il ne se destinait pas du tout. A 9 ans, il effectue des petits boulots pour aider financièrement ses parents. A 13, il quitte l'école pour devenir livreur de lait. Trois ans plus tard, il entre à la Royal Navy. Il ne quittera l'armée que pour cause d'ulcère. Il travaille alors comme garde du corps, fermier, modèle dans des académies de dessin et même bodybuilder (ce qui lui vaut de décrocher une médaille de bronze en 1953 dans la catégorie grande taille du concours Mister Univers).

«Un bon visage»

Sur son physique, il décroche son premier rôle en 1954, dans Lilacs in the spring. Mais son premier rôle marquant, c'est bien sûr James Bond. Ian Fleming ne voulait pas de lui pour Dr No, lui préférant Roger Moore, Cary Grant ou David Niven, mais Cubby Broccoli, qui l'avait vu dans Darby O'Gill et les farfadets, parvient à l'imposer: pour un cachet de 100.000 dollars, il ne lui était pas possible d'engager une star. Redoutable en affaires, Sean Connery se rattrape plus tard, en exigeant des cachets records. Et en tournant un nombre impressionnant de superproductions. «Plus que tout au monde, j'aspire à devenir un vieil homme avec un bon visage, comme Hitchcock ou Picasso», déclare-t-il en pleine gloire. Objectif atteint au-delà de toute espérance.

© La Dernière Heure 2005