Impressionnant à l’écran, dans les films d’action ou dans les comédies en raison de son sens de la dérision, Sean Connery l’était aussi dans la vie. Grand (1,88 m), costaud, doté d’un caractère bien trempé, il pouvait se montrer d’une gentillesse inouïe ou en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui avaient le don de l’énerver.

Au micro d’Europe 1, Christophe Lambert a révélé une anecdote, durant le tournage de Highlander, qui en dit long à ce sujet. “Il avait les producteurs tellement dans le nez, qu’il s’est dit : je vais les faire chier. On habitait dans un hôtel qui était littéralement à 30 secondes ou 40 secondes en voiture du plateau… Et il les a forcés à lui commander un hélicoptère, peint aux couleurs de son costume, c’est-à-dire bordeaux, qui était posé dans la cour du château. Le temps que l’hélico décolle et se pose sur une petite colline qui était à 50 mètres du tournage, j’arrivais avant lui en voiture. Il sortait de l’hélico, il regardait les producteurs et il disait : Ça va les garçons ? L’hélico attendait toute la journée sur la petite colline, le soir il remontait, il disait : Au revoir les garçons. Pendant quatre semaines, ça leur a coûté une fortune.”

Dans son livre 300 anecdotes de tournage, (chez Hugo Image), Philippe Lambert relate que l’hélicoptère emmenant le réalisateur Terrence Young est tombé à l’eau pendant les prises de vues de Bons baisers de Russie. Sean Connery s’est aussitôt jeté à l’eau pour l’aider. “Personne ne parlait de l’accident et Sean dit seulement : ‘Je n’aurais pas cru que l’eau était si froide.’ Je pense que c’est cela qu’on appelle le flegme britannique.”

À d’autres moments, il pouvait faire preuve de modestie. Comme lorsqu’un chauffeur de taxi d’Edimbourg, qui ne l’avait pas reconnu, fut étonné qu’il connaisse le nom de toutes les rues de la ville. Il lui demanda alors ce qu’il faisait comme métier. Et Sean Connery de répondre qu’il avait été laitier dans la capitale.

Selon John Boorman, qui l’avait dirigé dans Zardoz, il était aussi porté sur la poésie. Chaque soir, il écrivait des vers à la maison, sans jamais les faire lire. Il ne s’estimait pas assez bon. Et pas question de transiger avec ses principes. Ainsi, quand Peter Jackson lui proposa le rôle de Gandalf dans Le Seigneur des anneaux, avec la garantie de toucher 15 % des profits (la trilogie originale a rapporté 2,89 milliards $…), il a catégoriquement refusé. Il ne comprenait rien à l’histoire et la perspective de passer 18 mois en Nouvelle-Zélande ne l’enchantait guère.

S’il possédait la réputation d’être extrêmement dur en négociation de contrats, Sean Connery savait aussi se montrer généreux. En 1971, après la sortie des Diamants sont éternels, il versa 1,3 million $ à l’œuvre caritative Scottish International Educational Trust. Vingt ans plus tard, il versa les 250 000 $ gagnés pour à Robin des Bois à la même association.

Finalement, la seule tache fut une interview accordée à Playboy, en novembre 1965, où après avoir révélé sa peur des requins, sa grande impatience, sa passion pour le golf (appris à cause de James Bond, car le producteur en était fou), il déclarait : “Je ne pense pas que ce soit particulièrement mauvais de frapper une femme.” Des propos qui ont énormément choqué. Il a démenti les avoir tenus par la suite, précisant avoir voulu signifier qu’on pouvait faire bien plus mal moralement qu’avec une gifle. Plusieurs fois, il est revenu sur le sujet, sans ambiguïté : “Je ne crois pas que n’importe quel niveau d’abus d’une femme puisse jamais être justifié, quelles que soient les circonstances.”

Micheline Roquebrune, son épouse depuis 1975, l’a toujours soutenu dans ses choix de vie et de carrière. Notamment lorsqu’il décidé de prendre sa retraite, ordonnant à son agent de refuser toute proposition, quelle qu’elle soit, à partir de 2006.

Dans le Daily Mail, elle dévoile sa dernière photo, prise lors de son 89e anniversaire, avec son fils, Jason, et sa belle-fille, Fiona. Il s’y montre souriant mais terriblement amaigri et vieilli.

“Il souffrait de démence et cela a eu un grand impact sur lui, explique-t-elle en évoquant ses derniers jours. Son dernier vœu, de partir sans histoire, a été exaucé. Ce n’était plus une vie pour lui. Il n’arrivait plus à s’exprimer dernièrement. Au final, il est mort dans son sommeil, et c’était juste paisible. J’étais avec lui tout ce temps et il s’en est allé en douceur. C’est ce qu’il voulait. Il était magnifique et nous avons eu une vie merveilleuse ensemble. C’était un homme modèle. Cela va être très dur de vivre sans lui, ça, je le sais. Mais cela ne pouvait pas durer éternellement et il est parti en paix.”