Sophie Marceau et le festival de Cannes, c’est une histoire étrange, émaillée des dysfonctionnements vestimentaires, de discours embrouillés, mais aussi d’un sourire permanent, de tenues spectaculaires et de nombreux films. Dont le dernier, signé François Ozon, Tout s’est bien passé, lui permet de se retrouver pour la toute première fois en compétition officielle en s’inspirant d’une histoire vraie. Celle d’Emmanuèle Bernheim, une femme à laquelle son père (incarné par André Dussollier), touché par un AVC, demande de l’aider à abréger ses souffrances. Donc, d’organiser son euthanasie, ce qui est interdit en France.

“Le personnage d’Emmanuèle est très vivant : elle aime la vie, explique-t-elle, très nature en jeans surmonté d’un chemisier blanc. C’est une personne qui donne beaucoup, qui accompagne, qui est pour la vie. C’est là tout le paradoxe, puisque c’est à elle que son père demande de l’aider à partir. Et ça va nous aider tous à y réfléchir. On n’aime pas parler de ce sujet, mais il faut s’y préparer.”

Puis, dans un sourire malicieux, elle précise : “C’est la souffrance de la vie, qu’elle ramène de l’autre côté. Quand on joue, on souffre, on rit, on pleure, c’est notre métier. Cela ne nous fait pas peur d’exprimer nos émotions, c’est même une chance de pouvoir exprimer pour exorciser tout ça. Il y a de la beauté dans la douleur. C’est du bonheur de souffrir un peu.”

Pour la toute première fois, elle incarne un personnage ayant réellement existé. Ce qui ne la touche pas plus que ça. “Elle n’était pas connue du grand public et ce n’est pas un biopic non plus. Je ne sais d’ailleurs pas si je serais capable d’imiter et de ressembler à un personnage vivant. Mon inquiétude concerne plutôt les proches : je ne voulais pas les décevoir, être en deçà de la qualité de ce personnage universel.”

Qu’elle incarne avec beaucoup de retenue et de simplicité. “François a tenu à une grande ressemblance physique. Les vêtements, ça raconte quelque chose du personnage. Ce sont toujours aux mêmes qu’on demande service. Emmanuèle est là pour les autres. Lui, ce n’est pas un bon père, mais elle, c’est une bonne fille. Il faut aussi avoir une grande confiance en elle pour lui demander ça. Il se sait aimé par cette fille, moins jugé que par sa sœur.

Et de conclure: “Je crois que beaucoup d’actrices m’en veulent d’avoir décroché ce rôle magnifique, accompagné de vérités: elle a existé et avec François, cela traite de l’intime, et j’aime ça.”

Elle n’est pas la seule.