Le petit lieutenant. Un grand polar!

BRUXELLES Plus de vingt ans après La balance de Bob Swaim et plus de dix ans après L 627 de Bertrand Tavernier, le polar à la française descend plus près encore du terrain avec ce film de Xavier Beauvois, un auteur-réalisateur aux idées bien trempées. En se rapprochant de cette réalité du terrain, on pouvait craindre un film trop proche du documentaire et sans un vrai regard cinématographique. Mais il n'en est absolument rien!

L'histoire de base est pourtant assez banale. Antoine, un jeune inspecteur fraîchement émoulu d'une école de police provinciale, monte à Paris pour intégrer une cellule d'enquête dirigée par Caroline Vaudieu, une ex-star de la crime apparemment guérie d'une longue crise d'alcoolisme. Le meurtre d'un SDF mobilise l'ensemble de l'équipe dont le plus motivé est sans nul doute le petit nouveau que sa patronne affectionne rapidement. L'enquête prendra une tournure bien plus dramatique que prévu...

Le petit lieutenant démarre sur un mode mineur pour prendre scène après scène une ampleur extraordinaire qui repose sur une analyse remarquablement progressive de chacun des personnages. Tant et si bien que l'ouvrage distille un double intérêt: celui d'une enquête dont les progrès confinent au suspense et celui d'une évolution passionnante des personnages, à commencer naturellement par ceux que jouent Nathalie Baye et Jalil Lespert. La première donne une vraie leçon d'efficacité dans la nuance d'un personnage torturé par les épreuves de la vie. Le second est merveilleusement touchant. Roschdy Zem, Antoine Chappey et le toujours excellent Jacques Perrin jouent sur la même corde.

Pour un film aux accents dépouillés, sans effets spéciaux ni bande musicale (!), ce Petit Lieutenant est décidément un... grand film.

© La Dernière Heure 2006