Pour reprendre une expression popularisée par le Tour de France, le cinéma français ne manque pas de chèvres. Ni d’ânes. Mais la réalisatrice Caroline Vignal en a enfin trouvé un (en fait, deux, qui se partagent le rôle en fonction des scènes plus physiques ou plus en émotion) capable de nous émouvoir.

L’âne Patrick, puisque c’est de lui qu’il s’agit (vraiment douteux ce choix de nom…), permet de transformer un scénario gentillet, nullement exempt de clichés, en une comédie charmante, truffée de passages touchants.

L’affaire débute pourtant assez mal. Institutrice follement amoureuse du père d’une de ses élèves, Antoinette (Laure Calamy) tombe des nues en apprenant que la femme de Vladimir ne part pas seule comme prévu mais emmène toute sa petite famille faire une ballade avec un âne dans les Cévennes. Sur un coup de tête, elle s’inscrit à son tour, sans bien se renseigner. Sur place, pas de Vladimir. Et aucun autre marcheur n’a choisi de s’encombrer d’un bourricot. La voilà donc seule avec Patrick, une vraie tête de mule qu’il va falloir apprivoiser. Le tirer de toutes ses forces ne sert à rien. Alors, on attend Patrick... L’animal bâté n’accepte en fait d’avancer que si Antoinette lui raconte sa vie intime.

La vraie trouvaille du film, ce sont ces moments hors du temps, assez surréalistes, où Antoinette se confie à un âne comme à un psy, en marchant dans des décors magnifiques au lieu de s’asseoir sur un divan. Des confidences qui pourraient devenir grotesques si Laure Calamy n’était pas parvenue à les rendre touchantes. Loin de surcharger son jeu (comme c’est trop souvent le cas dans les pantalonnades hexagonales), elle traite son braieur compagnon en véritable partenaire, établissant avec lui une complicité évidente sur base d’un monologue croustillant. Ses mésaventures sentimentales en deviennent presque poétiques.

Sans doute par crainte de la lassitude, le scénario s’égare un moment avec l’arrivée “inattendue” de la famille de Vladimir. Une séquence inutile, lourde, peu crédible, en total contraste avec la légèreté, la franchise et l’humour subtil des autres rencontres vécues par l’institutrice tout au long de son périple.

Même si le final n’a rien d’imprévisible, Antoinette dans les Cévennes possède le mérite de nous évader tout en fraîcheur, mais aussi d’offrir un joli portrait de femme indépendante, amoureuse, enjouée, craquante. Ce n’est sans doute pas la comédie de l’année (les sourires l’emportent largement sur le bidonnage), mais elle devrait ravir les amateurs de cinéma français de qualité, basé sur la tendresse et une belle dose de psychologie.

Un bon choix pour retourner dans les salles, donc.