"Black" n'est pas le seul film à traiter de la banlieue.

1. La Haine (1995, France)

Attention, culte. S’il ne faut retenir qu’un film dans la catégorie banlieue, au décompte final, seul La Haine peut subsister. Cet ovni, en noir et blanc, signé Matthieu Kassovitz, révélant Vincent Cassel, a marqué son époque, mettant en scène le climax tendu des banlieues hexagonales et leur aversion pour les forces de l’ordre. Abreuvant les salles obscures de Nique sa mère, et autres Transpire sa race. Si la sortie du film en elle-même n’a pas provoqué d’émeutes majeures, l’œuvre fait le chemin inverse : elle s’inspire d’émeutes ayant réellement existé qu’elle illustre et se réapproprie, trouvant un écho populaire énorme en France. Par exemple, le 27 janvier 1994, de violentes émeutes éclatèrent dans le quartier des Sapins de Rouen, en réponse à la mort d’Ibrahim Sy, abattu par un gendarme alors qu’il était dans une voiture. Les images des émeutes servent en partie au générique de début du film qui articule sa narration autour d’une autre bavure policière ayant réellement existé : l’affaire Makomé M’Bowolé, Zaïrois de 17 ans tué d’une balle dans la tête par un policier lors de sa garde à vue dans le 18e arrondissement, en 1993. Si l’important, ce n’est pas la chute, mais l’atterrissage, La Haine a survolé toutes les autres productions du genre.

2. Ma 6-T va crack-er (1997, France)

Deuxième film inspiré des banlieues de Jean-François Richet, Ma 6-T va crack-er, deux ans plus jeune que La Haine, se rapproche plus encore de Black que son illustre prédécesseur. Parce qu’il faisait, déjà, sien le thème de la rivalité entre bandes urbaines. Parce que la violence est au cœur du propos de chaque scène. Parce que, enfin, il fut tourné entièrement avec des amateurs, au sein de la municipalité de Meaux, dont le maire était, déjà, un certain Jean-François Copé. On retiendra de Ma 6-T va crack-er une bande-son absolument énorme, mettant en lumière un rap français classique, aujourd’hui totalement métamorphosé et mainstreamisé.

3. Banlieue 13 (2004, France)

Nous sommes un an avant la déferlante des émeutes de 2005, où les banlieues s’embrasent durant trois semaines suite à une course-poursuite ayant mal tourné à Clichy. Luc Besson décide de s’approprier, et d’extrapoler le thème des banlieues (après l’avoir effleuré avec Taxi ou Yamakasi), avec le clivage en ligne de mire : dans son film, le ghetto banlieusard est isolé de la civilisation par un immense mur. La sortie du film s’accompagne de heurts mineurs dans plusieurs salles parisiennes. Le long-métrage, en lui-même, mérite assez peu d’être vu : Besson y fait du mauvais Besson, laissant l’hyperréalisme très loin de son cadre. La suite, Banlieue 13 Ultimatum, est absolument insupportable.

4. La Cité de Dieu (2002, Brésil)

Le film de banlieue, ou de quartier, dépasse bien évidemment les frontières de la francophonie. De Boyz’n the Hood à Do the Right Thing en passant par Esprits Rebelles aux USA, jusqu’à Gomorra, en 2008, à Naples. Lointain géographiquement et chronologiquement, La Cité de Dieu reste toutefois l’un des plus indispensables du genre. Il montre, avec panache, et sans filtre, l’ultraviolence de ce quartier défavorisé de Rio De Janeiro, au cœur des sixties et des seventies. Un décalage qui résonne toutefois universellement, peu importe l’époque : il y est question d’armement des jeunes, des ravages de la drogue et de l’esprit clanique et sans limite des gangs.