Le mercredi, c'est le jour des sorties! Night Shyamalan, Will Smith et son gamin signent le navet de la semaine

BRUXELLES Le mercredi, c'est le jour des sorties! Le temps ne se prête plus à une bonne séance de cinéma mais cela ne doit pas empêcher la fréquentation des salles obscures.

Pour éviter les mauvaises surprises, voici notre avis sur les nouveaux films de cette semaine.

After earth: 0-10

La daube de la semaine avec Will Smith et son fils Jaden

RÉSUMÉ ET NOTRE AVIS

La peur n’écarte pas le danger. Voilà ce que Will Smith veut faire comprendre à son fils Jaden. Il a même écrit un petit scénario et trouvé un réalisateur pour le tourner avec son gamin.

Il s’est taillé un uniforme blanc de général, celui d’une légende vivante, d’un Man in White qui ne fait jamais dans son froc (on lui a mis un bâton, semble-t-il).

Seule sa femme sait comment manipuler ce bloc de marbre dur et froid. Afin qu’il se rapproche un peu de son fils, elle lui suggère de le prendre lors de sa prochaine mission.



Et voilà le travail : une pluie de météorites crashe le vaisseau sur une planète hyper-dangereuse. C’est la Terre. Mille ans après la fuite des humains, elle est devenue irrespirable, l’air est trop pur. On dénombre deux rescapés. Devinez qui ? Papa a les deux cuisses cassées. Faut voir Will serrer les mâchoires devant le petit. Le voilà bien obligé de lui faire confiance pour aller chercher la valise miracle qui se trouve dans la queue de l’avion à 100 km.

Tout content , le gamin se lance sur le parcours santé, mélange de Walibi et de Pairi Daiza, où il doit affronter des singes enragés, des fauves affamés, toute une panoplie de bestioles avant d’arriver devant l’Ursa. Une intercommunale wallonne de gestion de l’environnement ? Non, un monstre qui fonce sur tout ce qui a peur, un trouillomètre géant sur huit pattes crochues.

Vont-ils s’en sortir ? Les Smith n’ont peur de rien, pas même du ridicule. Shyamalan, non plus. Parti du sommet avec son Sixième sens , il dégringole depuis. Pour tomber plus bas, il va falloir creuser.



The Bling Ring: 8/10

Des ados ont réellement dévalisé des villas de stars pour voler des chaussures et des vêtements

RÉSUMÉ

L’histoire est véridique. Et assez hallucinante. Fascinées par les tenues des stars, des ados repéraient les déplacements de leurs idoles sur le Net afin de cambrioler leurs villas la nuit. Et parader le lendemain à l’école dans des fringues impayables.

NOTRE AVIS

Sofia Coppola tire un portrait au vitriol de la jeunesse américaine, goinfrée d’images people glamour et d’émissions débiles sur les tenues de gala. Face à tout ce tape-à-l’œil blinquant, la rébellion, l’esprit de justice ou les grands idéaux ne représentent plus grand-chose. Il faut paraître, impressionner non par son intelligence mais par les marques portées. Sans se soucier des autres conséquences.

Obnubilées par le look des vedettes à imiter et le fric facile tiré de la revente des produits de luxe, les ados ne se cachent pas, bien au contraire. Tout le monde est au courant de leur méfait à l’école. Et elles posent fièrement sur les réseaux sociaux avec les tenues volées.

Prenant le parti de la réflexion, Sofia Coppola s’intéresse moins aux jeunes filles elles-mêmes qu’aux symboles qu’elles incarnent. Son objectif n’est pas de dénoncer quelques jeunes filles mais plutôt un mode de pensée effrayant, abrutissant, et une société en perte de repères.

Pis : ces ados ont déjà tout compris à l’hypocrisie du système. Elles se défendent comme de vraies pros, adoptant des discours moralisateurs d’une mauvaise foi inouïe mais qui passent si bien dans les médias d’outre-Atlantique. D’autres vont même profiter de leur notoriété pour devenir des stars du petit écran ! On croit halluciner.

Tout dans The Bling Ring amène à regarder d’un œil critique la peopolisation à outrance. Une réussite.



La grande boucle: 6/10

Une comédie tendre sur un cycliste amateur

RÉSUMÉ

Depuis la naissance de son fils, voici 17 ans, François ressasse sans arrêt la même ritournelle sur les exploits cyclistes qui auraient pu être les siens s’il n’avait renoncé à sa passion pour sa famille. Aussi, quand son patron lui demande d’accompagner l’équipe cycliste Sport 2000 sur les routes du Tour de France, la tentation est trop grande pour dire non. Même si les vacances familiales sont programmées au même moment. Mauvaise décision : sa femme le plaque et son employeur le vire pour avoir abîmé le porte-bonheur du champion de l’équipe. Alors, sur un coup de tête, François décide de faire le Tour tout seul, un jour avant les coureurs. Un régime avec selle particulièrement éprouvant.



NOTRE AVIS

L’histoire vous rappelle quelque chose ? Nous aussi. En 2007, le journaliste Guillaume Prébois a prouvé qu’on pouvait faire le Tour de France à l’eau claire en précédant les forçats de la route d’une journée. Laurent Tuel, le réalisateur de Jean-Philippe , a, lui, eu la bonne idée de garder l’aspect chevaleresque et amateur de l’histoire. François Nouel va connaître les mêmes sensations que les pros (enthousiasme du public, problèmes techniques, désamour pour cause de rumeur de dopage, magouilles d’un faux directeur sportif peu scrupuleux,…) mais à un rythme de limace. François Noël n’est pas un héros ni un sportif de haut niveau miraculeusement capable de lutter avec les meilleurs rouleurs. C’est juste un homme simple désireux d’aller au bout de son rêve, quitte à vivre ses émotions en plus petit que les champions.

Sur ce thème, on pouvait craindre une grosse farce franchouillarde qui suinte la piquette et le sauciflard. Il n’en est rien. Laurent Tuel joue la carte de la sobriété, avec quelques bons mots, des situations cocasses et, surtout, beaucoup de tendresse pour un personnage désœuvré bien campé par Clovis Cornillac. Les amateurs de la petite reine apprécieront la richesse et les nuances de cette comédie sympathique bénéficiant de l’apport de Laurent Jalabert, Bernard Hinault et Nelson Monfort.



Kon-Tiki: 4/10

Une histoire vraie au traitement qui manque de profondeur

RÉSUMÉ ET NOTRE AVIS

Heyerdahl. Thor Heyerdahl. Il fut à une génération ce que Neil Armstrong fut à la suivante et Steve Jobs à la dernière : un explorateur, un visionnaire. Après leur passage, le monde n’était plus tout à fait le même. Mais loin de sa Norvège natale qui lui a construit un musée, qui se souvient de lui ? Voilà de quoi rafraîchir les mémoires.

Thor Heyerdahl est un scientifique un peu particulier, un archéologue expérimental en quelque sorte. Après avoir passé avec sa femme une dizaine d’années dans les îles polynésiennes, il est convaincu que l’Océanie n’a pas été peuplée par des populations venant d’Asie mais bien d’Amérique du Sud, lointaine de 8.000 km.

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Sa théorie fait doucement rigoler la communauté scientifique qui lui oppose notamment le fait que les Indiens n’avaient pas de bateau. Mais ils avaient des radeaux, riposte Heyerdahl, de quoi faire carrément gondoler ses collègues. Eh bien, puisque personne ne croit à sa théorie, il la mettra en pratique. Et de monter l’expédition fort de ses observations, faible de ses moyens. C’est que personne ne tient à sponsoriser au mieux un naufrage, au pis un banquet pour requins.

Alors que n’importe quel serial killer a droit à son film, il aura fallu attendre 65 ans et le centenaire de la naissance d’Heyerdahl pour voir réaliser un film sur cette mémorable expédition.

Joachim Rønning et Espen Sandberg brossent le portrait d’un homme au regard d’acier qui s’accroche à son intuition contre vents, marées (on peut l’écrire) et progrès. Son credo est qu’il faut s’en tenir aux matériaux utilisés par ces hommes venus du Pérou : bois, cordes, toiles, pas de clous. Il y a bien une radio à bord mais c’est pour la localisation et la publicité de l’expédition.

On aurait aimé aussi que la réalisation s’en tienne aux moyens basiques du cinéma. Qu’elle nous raconte le doute, la peur, la faim, l’ennui, la promiscuité. Mais on en est loin. Certes, l’ambiance y est parfois aussi amicale qu’à une réunion du MR bruxellois, mais cela sent surtout les effets spéciaux quand la tempête se lève, qu’une baleine plonge sous le radeau, que les méduses transforment l’océan en écran luminescent ou que la caméra s’envole pour un plan stratosphérique. Un film qu’on aurait aimé plus profond. Mais il est vrai que Thor Heyerdahl ne savait pas nager.



© La Dernière Heure 2013



© La Dernière Heure 2013



© La Dernière Heure 2013