Les enfants devraient craquer pour ce film d'animation parfois très surprenant (pas d’ennemi, pas de romance, un instant de déprime), tandis que les cinéphiles devraient se ruer sur la description des banlieues qui prend aux tripes dans Les Misérables.

La Reine des neiges 2: une aventure glaçante

En 2013, La Reine des neiges avait remis le classicisme Disney au goût du jour, avec des princesses destinées à faire rêver les petites filles, un tube imparable en radio (“Libérée, délivrée”), un bonhomme de neige craquant, un renne roublard et une approche résolument moderne des superpouvoirs. Résultat : une avalanche de dollars : 1,27 milliard de recettes mondiales, record toujours inégalé pour un dessin animé.

Avec un tel succès, une suite ne faisait pas l’ombre d’un doute. Première surprise : elle n’arrive que six ans plus tard, une éternité pour la machine à sous hollywoodienne. Deuxième sujet d’étonnement : elle multiplie les audaces en s’écartant parfois très fort des grands standards de Disney en matière d’animation. Car ici, pas de romance, pas de prince charmant, même pas d’ennemi à combattre. Le danger vient avant tout du passé. Et plus précisément d’une forêt enchantée, impénétrable depuis 34 ans, 5 mois et 23 jours. Selon la légende, pour une raison inconnue, les Indiens northuldras ont attaqué les soldats d’Arendelle qui venaient pourtant de leur construire un barrage. Furieux, les esprits des quatre éléments (terre, feu, air et eau) ont alors entouré le bois d’un brouillard infranchissable.

Mais aujourd’hui, une voix mystérieuse appelle Elsa, l’enjoignant de rétablir la vérité lors d’une dangereuse plongée dans la rivière des souvenirs du passé.

Sur cette base, Jennifer Lee et Chris Buck auraient pu se contenter d’appliquer la formule à succès du premier film, avec de nombreux chants, de l’aventure glaçante et les pitreries d’Olaf et Sven. Autant d’éléments qu’ils ont préféré enrichir avec quelques belles prises de risques. Notamment lorsqu’Anna, après avoir vu Olaf retourner à l’état de flocon et persuadée qu’Elsa a définitivement quitté le monde, chante sa déprime : “Tu es perdue, l’espoir est parti, mais tu dois continuer, un pas après l’autre, et agir au mieux.” Une scène durant laquelle les plus petits risquent bien de laisser couler quelques larmes.

Lors de la traversée de la mer noire, par contre, ils pourraient bien s’accrocher un peu plus fort à la main de leurs parents. Surtout lorsque le cheval d’eau, Nokk, tente de noyer Elsa. Deux séquences un peu déroutantes, mais qui renouent en fait avec la noirceur et les peurs des premiers dessins animés Disney, comme Blanche-Neige ou Pinocchio, par exemple.

Pour autant, La Reine des neiges 2 n’est pas une œuvre sombre. Bruni, la facétieuse salamandre, incarnation de l’esprit du feu, va à coup sûr faire craquer tous les spectateurs par ses attitudes enfantines et sa bonne bouille. Quant à Sven le renne, dont on ignorait les talents de chanteur, il apporte à nouveau un contrepoint assez hilarant aux maladresses sentimentales de Kristoff.

Étonnamment riche, ce dessin animé aborde avec beaucoup de sensibilité des thèmes parfois complexes, tout en assurant le divertissement. Les sujets de conversation ne manqueront donc pas en rentrant à la maison. Une bonne surprise, donc.

Les Misérables: le piège de la violence

Le film coup de poing du dernier Festival de Cannes sort enfin sur les écrans. Passée l’euphorie de la Coupe du Monde, la belle unité française vole en éclat. Et la vie reprend comme avant dans les banlieues. Avec des policiers trop peu nombreux, trop peu formés, dépassés par les événements, et des jeunes qui se sentent injustement victimes d’un système de plus en plus répressif. Le feu aux poudres, cette fois, est mis par la disparition d’un lionceau. L’enquête, si on peut la qualifier ainsi, tourne rapidement au drame. Mais la bavure a été filmée par un drone. Dans ce monde où tout le monde se regarde en chiens de faïence, la violence s’impose presque d’elle-même des deux côtés. Intelligemment, Ladj Ly montre les causes de cette flambée inévitable, sans rien justifier. Tout simplement parce que deux logiques irréconciliables s’affrontent, prises au piège sans jamais s’écouter. C’est dur, impressionnant, angoissant. Un film qui prend aux tripes.

L'art du mensonge: les rois de la mystification 

Durant le générique d’ouverture, on découvre Roy Courtnay (Ian McKellen) et Betty McLeish (Helen Mirren) derrière leur écran d’ordinateur, peaufinant leur profil sur un site de rencontres pour seniors fortunés. Au premier rendez-vous, dans un pub de Londres en 2009, le courant passe bien entre les deux veufs septuagénaires. Ils peuvent même s’avouer avoir quelque peu arrangé leur CV pour attirer l’attention de potentiels candidats. De pieux mensonges ? Pas si sûr…

Ce que ne sait pas Betty, c’est que Roy mène en fait une double vie. Quand il ne se fait pas passer pour un vieillard grabataire pour faire fondre ces dames, Roy est un homme fringant, qui fréquente les clubs de strip-tease pour rencontrer les futurs pigeons d’une arnaque bien rodée mise au point avec son ami Vincent (Jim Carter). Quand Roy finit par emménager dans le confortable pavillon de Betty, le petit-fils de cette dernière (Russell Tovey) se montre de plus en plus méfiant vis-à-vis de cet homme au passé mystérieux…

Quel bonheur d’assister, dans un délectable jeu du chat et de la souris, à la confrontation de deux comédiens de la trempe d’Helen Mirren et de Ian McKellen. Tout en malice, les acteurs britanniques sortent leur plus grand jeu pour camper ces rois du mensonge au charisme irrésistible. Car, c’est la loi du genre, on se doute évidemment assez rapidement que la riche veuve a sans doute, elle aussi, des petits secrets sous le tapis…

Adapté du premier roman de l’Anglais Nicholas Searle, The Good Liar est un thriller joyeusement retors, qui nous balade au gré d’une arnaque dont on sent, dès le départ, qu’on n’en maîtrise pas tous les tenants et aboutissants. À la mise en scène, on retrouve un Bill Condon libéré de ses grosses productions hollywoodiennes stéréotypées, de Twilight Chap. IV et V à Dreamgirls, en passant par La Belle et la Bête en 2017. On reconnaît ici la finesse du regard sur la société de l’auteur de Dr Kinsey (2004) ou de Gods and Monsters (1998). Mais on reconnaît aussi le cinéaste ludique de Mr Holmes (2015), fantaisie littéraire bien sentie sur un Sherlock Holmes perdant la boule (déjà Ian McKellen).

Si l’on prend un malin plaisir à se faire mener en bateau en même temps que les personnages – même si l’on comprend rapidement où tout cela va nous mener –, dommage que le scénario appuie un peu lourdement sur la corde historique. Avec un final berlinois pataud et inutile – en ce qu’il ne remet foncièrement pas en cause la dynamique entre les deux personnages, qui aurait très bien pu s’expliquer de façon plus légère.