La tourneuse de pages. Un thriller musical

BRUXELLES Tourneuse de pages, c'est un métier peu connu mais important dans l'univers des grands pianistes. Lorsqu'ils sont sur une scène, concentrés sur leur art et aussi sur leur partition, leurs deux mains sont occupées et il leur faut la complicité d'un tourneur ou d'une tourneuse de pages de partition. Ces personnes doivent, elles-mêmes, être pianistes de formation et lire parfaitement la musique.

Or, donc, au début de l'histoire, Mélanie est une petite fille au caractère solide, qui pratique le piano et doit subir le stress d'un examen important qui se passe mal. Notamment à cause d'une interruption suscitée par le principal membre du jury, une grande vedette du piano, Ariane Fouchécourt. C'est l'échec.

La gamine décide de ne plus jamais toucher à un piano. Et elle tient cette Ariane Fouchécourt pour la responsable de son drame.

Quelques années plus tard, devenue jeune adulte et femme très belle, elle est engagée comme baby-sitter et se retrouve par hasard dans la maison d'Ariane Fouchécourt. Celle-ci est justement à la recherche d'une tourneuse de pages...

À partir de là, le thriller commence. Car tout ici est ambigu. Impossible de savoir ce qui se passe dans le cerveau de la jeune fille. Avance-t-elle vers une vengeance désirée depuis longtemps ou, au contraire, se met-elle à aimer passionnément l'artiste qu'elle admire depuis toujours ?

Quoi qu'il en soit, le rôle de cette jeune fille est le premier à l'écran de Déborah François après la Palme d'Or de L'enfant des frères Dardenne.

Une fois de plus, face à Catherine Frot (qu'on connaît surtout grâce au Dîner de cons ), Déborah est très convaincante. Surtout à partir du moment où l'action démarre.

Car le problème est là, le réalisateur, Denis Dercourt, a choisi d'imprégner son action d'un rythme très lent afin de susciter une atmosphère de mystère. L'intention est louable. Le résultat est parfois irritant. Sans compter que jouer lent, pour des acteurs, cela fait parfois jouer faux. Dans la vraie vie, on ne parle pas lent.

Ceci peut être le défaut du film. Sa qualité, par contre, c'est qu'effectivement, le thriller est diablement efficace. La pression monte. Le final est extraordinairement bien ficelé et la partition musicale, puisée bien sûr dans le catalogue classique, ajoute à la puissance du climat.



© La Dernière Heure 2006