Pete Docter est un génie. Après avoir tenté l’impensable, à savoir donner corps aux émotions dans Vice-versa, le réalisateur de Là-haut (assurément un des plus emballants films d’animation de tous les temps) s’attaque cette fois à l’impossible, montrer l’âme humaine à l’écran. Et il y parvient !

De l’audace, Soul n’en manque pas. Au bout de neuf minutes, avant même le début du générique, le pauvre Joe Gardner tombe dans une bouche d’égout. Son âme se retrouve aussitôt sur un escalator menant vers une grande lumière blanche. Plus que quelques marches, et c’en sera fini de l’existence de ce prof de musique. Juste le jour où il recevait enfin sa chance de jouer dans un vrai band de jazz, celui d’une de ses idoles, Dorothea Williams.

Un destin qu’il ne peut accepter. La poudre d’escampette, c’est tout ce qui lui reste. Et l’énergie du désespoir le fait tomber dans l’espace des âmes à attribuer, celles qui ont besoin d’un mentor pour trouver quelle sera leur future passion sur Terre. Mais alors qu’il donnerait tout pour retrouver sa vie, l’âme numéro 22, elle, refuse obstinément de vivre. Mère Teresa, Copernic, Mohamed Ali ou Marie-Antoinette s’y sont cassé les dents. Alors, quelles sont les chances de Joe Gardner face à une rebelle que la musique insupporte ?

C’est fou ? Attendez la suite. Le hasard faisant parfois très mal les choses, par une voie non autorisée, 22 se retrouve dans le corps de Joe, tandis que l’esprit de Joe prend possession d’un chat dodu. Le cauchemar pour tous les deux.

© Disney/Pixar

Comme toujours chez Pixar, l’histoire truffée d’humour au début (faut voir le matou se dorer au soleil ou Joe adopter des attitudes d’enfant qui découvre tout), gagne progressivement en profondeur jusqu’à en devenir terriblement émouvante.

Sans avoir l’air d’y toucher, l’improbable duo démonte le discours dominant sur la notion de réussite et démontre l’effet dévastateur des petites phrases négatives, s’attaque à toutes les peurs paralysantes, celles qui empêchent d’oser rêver. Des thèmes parfois très sombres, qui risquent parfois d’effrayer les plus petits, même s’ils sont abordés avec sensibilité. C’est peut-être là le seul point noir de Soul. Les questions centrales du film toucheront sans doute plus les adultes et les ados que les enfants, qui sont généralement les plus grands consommateurs de films d’animation. Leur expliquer la dépression (22 estime “ne pas être assez bien pour vivre”), le poids du passé, la perte du goût de vivre, la “presque mort”, les bleus à l’âme ou les obsessions qui peuvent amener à se perdre ne sera pas toujours simple.

Heureusement, tout cela est noyé dans une imagerie magnifique (visage à multifaces à la Picasso pour tous les Jerry qui gèrent les âmes, références à La Linéa d’Osvaldo Cavandoli, pour le compteur de défunts Terry, club de jazz aux ambiances des années 20, façon Cotton Club), des gags au premier degré (merci le chat…), une tendresse infinie et une grande intelligence narrative.

C’est brillant. Un vrai coup de cœur, mais qui séduira sans doute plus les parents que leurs jeunes enfants.