Romain Sardou enquête au Latran. Âmes sensibles, s'abstenir

BRUXELLES Sur son site Internet (www.romainsardou.com), Romain Sardou n'y va pas par quatre chemins : s'il a tellement tardé à sortir Délivrez-nous du mal , c'est tout simplement qu'il n'était pas content de la première mouture. Elle était prête, pourtant, dès l'été dernier. Mais l'auteur n'était pas convaincu par son propre travail. "Il y avait du mou dans le corps du livre, je perdais le lecteur quelque part et je ne parvenais pas à voir où. J'avais un mauvais pressentiment. Ou bien je rectifiais le tir - mais il fallait que je trouve ce qui n'allait pas. Ou bien je bazardais tout. Ce que j'ai fait. J'ai gardé le thème, le sujet qui m'avait donné envie de raconter cette histoire et j'ai tout recommencé ."

Au total, donc, trois ans se seront écoulés, pendant lesquels Romain aura également travaillé à quelques autres projets. Mais le revoilà, donc, avec un nouveau thriller moyen-âgeux, qui prend racine dans la France profonde mais aussi à Rome où de bien étranges religieux s'adonnent à de bien étranges expériences. Sanguinaires le plus souvent. "À l'époque, on tuait bien plus facilement, y compris les gens d'Église. C'était même plutôt bien vu de tuer un hérétique ou un sarrasin. Puisqu'il n'y avait pas de culpabilité, tuer un être humain n'était pas plus grave que tuer un animal. Et puis, les scènes violentes donnent des coups d'accélérateur à l'histoire, dans un roman. Cela me permet de faire bondir mon personnage. C'est un ressort du roman policier, en général. "

Tout comme dans Pardonnez nos offenses , son premier roman sorti (déjà) en 2002, le fils de Michel a une nouvelle fois plongé au cœur du haut Moyen Âge, en plein 13e siècle qu'il aime un peu plus à chaque nouveau livre. "Je compte d'ailleurs y retourner encore plusieurs fois. Il y avait tant de choses que je n'avais pas pu mettre dans ce premier livre, plein d'enjeux de cette époque qui méritent un roman, à chaque fois. C'est une époque assez connue, mais sur laquelle on a peu communiqué. On a toujours de cette période une image assez caricaturale, façonnée au 19e siècle, qui veut qu'il ne se soit rien passé, qu'on n'ait pas une seule idée neuve pendant mille ans ! C'est vrai pour certains siècles, mais pas pour le 13e. Que l'on appelle d'ailleurs la pré-Renaissance. J'ai beaucoup aimé glisser de petites bribes d'Histoire, avec un grand H, dans mon thriller. "

Et tout naturellement, donc, on repartira à la même époque dans son roman suivant qui s'intitulera... "Ainsi soit-il ?", rigole-t-il. "Non, le prochain, ce sera Que votre volonté soit faite. Je vais reprendre les phrases de cette prière, mais dans le désordre. Ce n'est pas une saga, mais une série qui va tourner à la même époque, avec les mêmes enjeux, il y aura des personnages récurrents. Et il y aura une manière de penser, chez mes méchants, qui sera la même. Dans chaque livre, il y aura une expérience qui touchera aux grands dogmes et aux grands enjeux de l'époque. "

Grand dévoreur de littérature policière, Romain Sardou avoue avoir biberonné au genre dès qu'il a pu tenir un livre entre les mains, ou presque. "L'idée, c'est de prendre le lecteur sur une scène forte. Le reste n'est qu'une course-poursuite jusqu'au dénouement. Le lecteur est attentif aux détails puisque c'est comme ça que l'intrigue avance. Mais je fais toujours attention à ce que ça ne ressemble pas à une reconstitution historique qui, moi, en tant que lecteur m'ennuie profondément. "

Il y a six ans, lorsqu'on l'avait croisé pour son premier livre, Romain Sardou nous avait confié être venu à l'écriture via le théâtre. Ce dimanche, il sera sur le plateau de Michel Drucker en compagnie de son père et de son frère, Davy, lesquels sont ensemble sur scène à Paris. Mais l'idée qu'un projet les réunisse tous les trois est écartée d'emblée par Romain. "Je préfère faire ce que je sais faire ", dit-il. "Le théâtre, je l'aime en tant que lecteur. Je suis très bien dans le roman, j'y reste. Je n'ai pas envie de m'éparpiller. "

Romain Sardou, Délivrez-nous du mal, XO.



© La Dernière Heure 2008