Dark Shadows marque sa huitième collaboration avec Johnny Depp

LOS ANGELES Dès les premières images de Dark Shadows, on reconnaît la patte de Tim Burton. Ambiances étranges, à la frontière entre l’épouvante et la comédie, situations décalées et personnages hors du temps, aux comportements désuets, que rien ne semble étonner : lui seul sait tourner comme ça. Et puis, comme si ça ne suffisait pas, voici l’élément qui le trahit définitivement : Johnny Depp tient le rôle principal.

C’est votre 8e collaboration. À la 10e, Johnny travaillera gratuitement pour vous ?

“(rires). Ça serait génial de trouver ce genre d’arrangement ! Pour dix films de produits avec le même acteur, ce dernier s’engagerait à en faire un gratuit ! Malheureusement, ça ne fonctionne pas comme ça à Hollywood. Nous ne sommes pas épiciers !”

Mais pourquoi Johnny Depp ? Encore et encore…

“Mais c’est évident ! Il suffit de voir ses films pour comprendre pourquoi. Johnny est un acteur versatile qui n’a pas peur d’expérimenter différentes choses. Il ose. Il se met en danger. Il prend des risques. Il sort de cette zone confortable où tant d’acteurs aiment se réfugier. Vous savez… ces acteurs qui donnent l’impression de jouer toujours les mêmes personnages et qui par une espèce de facilité n’arrivent pas à se renouveler. En sortant des sentiers battus, Johnny ne cède pas à une forme d’embourgeoisement artistique ! Johnny apporte en outre un sang neuf constant ! Une richesse incroyable dans la façon dont il incarne ses personnages ! Ce que j’apprécie aussi chez lui, c’est qu’il se fout éperdument de son apparence. Il ne vous fera aucune remarque si à l’image il n’apparaît pas sous son meilleur profil ! Contrairement à d’autres acteurs qui viennent s’assurer après chaque scène que la lumière, le cadrage les mettent bien en valeur ! Le plus incroyable c’est sa mémoire des personnages. Il peut très bien garder un trait de caractère, un petit détail vestimentaire, un truc anodin d’un rôle qu’il a interprété il y a plusieurs années pour ensuite l’intégrer dans un autre personnage !”

Vous vous reconnaissez en lui ?

“Physiquement non ! Johnny a incontestablement plus de sex-appeal que moi ! Nous sommes, en revanche, ce que j’appellerais des expérimentateurs pathologiques ! Tester différents trucs. Une façon de jouer, une mise en scène, etc. Nous aimons en outre les mêmes films, les mêmes vins, les mêmes lieux ! Forcément, ça crée des liens ! On se connaît tellement bien que l’on pourrait presque travailler par télépathie ! J’ajoute que, comme Johnny, faire des films c’est une façon onéreuse de soigner notre folie ! Une forme de thérapie par la mise en scène et le jeu d’acteur !”

Vous parliez de “sang neuf”. Comment expliquez-vous cette fascination pour ces saigneurs de la nuit ?

“C’est un héros universel ! Le sang, c’est la vie mais c’est aussi la mort quand celui-ci coule trop abondamment. Je pense notamment pendant les guerres ! Lorsque nous, les hommes, nous nous foutons sur la gueule parce que nous n’avons rien d’autre à faire ! Les vampires, je les connais bien. Depuis l’âge de cinq ans, je m’intéresse à eux. À leurs différentes apparences, à leurs différentes prestations, à leurs petites manies, à leur évolution aussi ! Le vampire est un être tellement fascinant que je ne suis pas étonné de son succès au cinéma ou dans la littérature. Je constate que le vampire s’est fait à son tour vampiriser ! Ce qui est assez ironique ! À chaque fois que vous parlez de cinéma, on sent la passion et un soupçon de folie vous gagner.”



© La Dernière Heure 2012