Cinéma

Jean-Claude Carrière signe un Dictionnaire amoureux du Mexique

BRUXELLES On lui doit quelques-uns des plus beaux scénarios et des plus belles adaptations que le cinéma ait jamais connu. Cyrano de Bergerac, L'insoutenable légèreté de l'être . Et tant d'autres. Quand on l'en remercie, Jean-Claude Carrière rougit presque et murmure "Ça fait toujours plaisir, tout le monde a toujours besoin d'être rassuré. À tout moment de sa vie, surtout si on la risque dans l'écriture, dans des aventures dont on ne sait jamais où elles vont vous mener... "

Vous êtes le seul à avoir fait deux dictionnaires amoureux...

"Le dictionnaire amoureux de l'Inde a été un des premiers de la collection, c'est vrai. Et pourquoi ne pas en faire deux ? Il y a deux pays, dans ma vie, où j'ai beaucoup travaillé : l'Inde et le Mexique... Il y en a un troisième, mais je n'aurais pas le temps de le faire, c'est l'Iran. Mais faire un Dictionnaire amoureux de l'Iran, c'est presque paradoxal. Le Mexique, j'y ai vécu, je parle la langue."

Vous avez travaillé de la même manière sur les deux livres ?

"Pas du tout. En ce sens que j'avais plus de documents sur le Mexique, plus de croquis, parce que j'y allais depuis très longtemps. La grande différence, c'est que pour l'Inde, je n'en avais pas écrit l'histoire. Irracontable, d'ailleurs. On peut parler des différentes étapes d'une civilisation, sans raconter l'histoire. Personne ne s'y est jamais risqué. Le Mexique, c'est le contraire. C'est un pays qui est fait par l'histoire : la découverte, l'indépendance et la révolution."

Au moment d'écrire ce livre, outre l'histoire, vous abordez aussi le pays via vos souvenirs...

"Oui. Notamment cette soirée où La controverse de Valladolid a été jouée à l'endroit même où les faits se sont déroulés. C'était dans le cloître du couvent et après vingt minutes de pièce, le groupe électrogène est tombé en panne et ils ont fini de jouer à la bougie. Le rapport avec un pays aussi complexe ne peut pas être simple."

Vous vous souvenez de votre tout premier contact avec le Mexique ?

"Oui, c'était pour le tournage de Viva Maria, en 1964. Mon séjour a duré cinq mois. On est arrivés avec Louis Malle et nous avons fait 25.000 kilomètres en Volkswagen dans un pays que l'on découvrait. Aujourd'hui encore ça reste un émerveillement."

D'autant que le tournage n'a pas été simple..

"La première difficulté était qu'on tournait au Mexique mais qu'on n'avait pas le droit de montrer que c'était le Mexique. Ça devait être un pays imaginaire. Au point que sur les deux cartouchières que portent habituellement les révolutionnaires mexicains, nous n'avions droit qu'à une ! Il y avait des contrôleurs. Ils vérifiaient notamment que les figurants avaient bien des balles à blanc, car il leur arrivait fréquemment de mettre des vraies balles pour faire monter la sauce. Il y a d'ailleurs eu un mort sur le tournage."

Jean-Claude Carrière, Dictionnaire amoureux du Mexique , Plon



© La Dernière Heure 2009