Le réalisateur Laurent Tuel rend hommage à l’ambiance et aux spectateurs du Tour


PARIS En 2006, Laurent Tuel avait secoué le petit monde du cinéma français. En réalisant une des meilleures comédies de l’année, emmenée par Johnny Hallyday et Fabrice Luchini, Jean-Philippe . Depuis, il s’était un peu perdu en chemin avec Le premier cercle (2009). Mais en vue du centenaire du Tour de France, l’inspiration lui est revenue au fur et à mesure que la route s’élevait. Et même s’il ne franchit pas des sommets hors catégorie dans l’humour, La grande boucle ne tourne jamais en roue libre.

“On a voulu prouver qu’on pouvait faire le Tour à l’eau claire. En s’entraînant un peu, en roulant à son rythme, tout le monde peut faire le Tour de France. Ce n’est pas un film de sport mais un hommage à l’ambiance. Le Tour fait partie du patrimoine. Il est plus fort que le dopage. C’est très bien qu’on destitue Armstrong. Le Tour appartient au public qui ne s’arrête pas à l’exploit sportif. Qu’on l’aime ou pas, sans lui ce n’est pas le même mois de juillet.”

Le Tour a en commun avec Johnny de faire partie de la légende…

“Oui ! J’aime l’aborder par la petite porte, par les rêves un peu fous. Au début, le scénario me posait problème : je ne croyais pas à toutes les situations. C’était exagéré comme dans la comédie. On l’a donc réadapté pour que le spectateur puisse s’identifier avec Clovis Cornillac. Si on n’est pas ému, que le film soit drôle ou pas, cela manque d’intérêt.”

On n’imagine pas nécessairement toute la vie les jours précédant la course…

“C’est très animé. Pour avoir la bonne place, les spectateurs viennent parfois 2 ou 3 jours avant. Ils viennent du monde entier et font la fête. On l’a vécu sur le Tourmalet : on devait y être quatre jours avant. L’ambiance est extraordinaire. Il y a une solidarité incroyable.”

Le dopage et la magouille font partie aussi des à-côtés du Tour ?

“J’aime beaucoup le cinéma des années 60 avec énormément de seconds rôles bien développés. Ils permettent de donner du grain à moudre. Le margoulin, le supporter, sa femme hollandaise racontent tous quelque chose sur le Tour. C’est plus une fable sur la vie, sur les rapports entre les gens, que sur le vélo. C’est presque un western. Avec un langage très fleuri et des figures légendaires.”

Pourquoi avoir fait monter les cols à vos comédiens ?

“Clovis roulait 8 h par jour. Et il faut les tenir. Il voulait connaître de l’intérieur ce que vit son personnage. On ne peut pas simuler une fringale sans l’avoir connue. Je voulais aussi qu’on y croie. Il roule réellement. Le son est aussi très important. Je voulais restituer le craquement du vélo, le bruit du changement de vitesse ou de la chaîne. C’était important que les spectateurs qui font un peu de vélo retrouvent des sensations familières.”

Le film est construit sur les oppositions anciens-nouveaux. Notamment avec Nelson Monfort…

“Je voulais que les commentateurs soient les deux petits vieux du Muppet Show. Nelson a beaucoup de recul. Il aime le théâtre et le sport et cela l’a enchanté de rire de lui-même.”



© La Dernière Heure 2013