Charlie et la chocolaterie. Une jolie sucrerie

BRUXELLES Avec Big Fish, Tim Burton avait amorcé un sacré virage du film macabre à l'humour noir vers la fable familiale. Changement de direction confirmé par Charlie et la chocolaterie, adaptation acidulée du conte moral pour enfants de Roald Dahl vendu à 13 millions d'exemplaires de par le monde en 41 ans. Une jolie sucrerie autrement plus inventive et intelligente que les lamentables versions cinématographiques du Grinch ou du Chat chapeauté, destinées à dégoûter de la littérature enfantine.

Dans sa petite maison délabrée située au pied de l'immense chocolaterie de Willy Wonka (Johnny Depp, une nouvelle fois épatant en génie solitaire guère porté sur la conséquence de ses actes), Charlie (Freddie Highmore, déjà partenaire de la star dans Finding Neverland) profite du peu que la vie lui offre, au milieu de ses parents et de ses quatre grands-parents en permanence couchés dans le même lit. Ses yeux s'éclairent lorsque Willy Wonka met cinq tickets d'or dans ses friandises: ceux qui les trouveront auront le privilège rarissime de visiter son étonnante entreprise. Mais les quatre premiers ont été découverts par un gros gourmand, une peste capricieuse, une prétentieuse mâcheuse de chewing-gum et un agressif adepte des jeux vidéo...

Pour chacun des gagnants commencera un voyage magique, sur une rivière de chocolat entourée d'arbres comestibles et de mille et un prodiges sucrés confectionnés par de petits êtres mystérieux, les Oompa-Loompas. L'occasion pour le maître des lieux de faire la morale à chacun des petits monstres. Et pour Tim Burton de multiplier les références inattendues à 2001 odyssée de l'espace (la fameuse pierre noire remplacée par une barre chocolatée!), La petite boutique aux horreurs (Christopher Lee en dentiste), Orange mécanique (l'appareil dentaire du petit Willy) ou Star Trek (la téléportation). Tout en respectant la trame, il parvient à inclure des moments de folie destinés à séduire les parents et à jouer remarquablement de l'humour flegmatique si cher aux Anglais. A défaut de s'imposer comme l'oeuvre majeure de Tim Burton (le récit est trop conventionnel pour cela), Charlie et la chocolaterie offre un divertissement familial de qualité qui s'écarte régulièrement des standards hollywoodiens. Et fait rêver encore longtemps après la vision...

© La Dernière Heure 2005