L'année démarre en beauté avec un film de guerre immersif, impressionnant, haletant, tourné comme un seul plan séquence de deux heures. Un chef-d'oeuvre à voir absolument en salle.

Cinématographiquement parlant, 2020 ne pouvait pas mieux débuter qu’avec la sortie d’un film de guerre aussi exceptionnel que 1917. Une véritable expérience à vivre en immersion totale, sur l’écran le plus large possible (en Imax, la sensation est extraordinaire, on peut vous le certifier). À l’instar de Christopher Nolan avec Dunkerque, Sam Mendes parvient à renouveler un des genres les plus exploités du 7e art, grâce à une idée aussi simple que brillante : faire vivre une mission en temps réel, en donnant l’impression de la tourner en un seul long plan séquence.

Techniquement, le défi est gigantesque. Car si, dans les faits, tout n’a bien sûr pas été filmé d’une seule prise, à l’écran, l’illusion est quasiment parfaite. À l’exception d’un arrêt de nuit, les (rares) coupures sont invisibles.

Dans un premier temps, la virtuosité de la mise en scène, l’ingéniosité des mouvements de caméra et l’incroyable travail de coordination de centaines de figurants éclipsent un peu la mission de deux jeunes soldats britanniques. Les yeux écarquillés, on cherche à comprendre comment la caméra parvient à se faufiler aussi gracieusement dans les tranchées, au milieu des corps en décomposition, dans les trous laissés par les obus, au milieu des fils barbelés ou dans des salles souterraines menaçant de s’effondrer.

Puis, progressivement, la technique magistrale se fait oublier, et on suit les deux militaires comme un vrai reportage de guerre, sans les quitter d’une semelle. L’un veut absolument prévenir son frère du piège mortel tendu par les Allemands. L’autre l’accompagne parce qu’il fallait bien être deux pour tenter de traverser le territoire contrôlé par l’ennemi.

Comme la caméra ne s’éloigne jamais à plus de deux mètres des deux intrépides, le champ de vision n’est jamais très étendu. Les dangers n’apparaissent qu’à la dernière seconde, au détour d’une tranchée, d’une maison ou d’une colline. Ils sont partout, on ne les voit pas, et cela crée une fameuse tension.

Oscar en vue

Le parti pris du plan séquence renforce encore cette impression d’effectuer soi-même la mission suicide, de se retrouver au cœur même de la boucherie comme jamais le cinéma ne l’avait permis auparavant.

C’est brillant, haletant, captivant, touchant, impressionnant, superbement interprété par des comédiens peu connus (les plus réputés d'entre eux, à l'instar de Benedict Cumberbatch, y ont très peu de temps d'écran). 1917 permet de vivre un moment hors du temps, comme seul le cinéma peut en procurer. L’Oscar du meilleur film serait la moindre des récompenses pour un tel chef-d’œuvre.