Patrick Bruel revient au cinéma sous la caméra de son 3e petit frère

BRUXELLES Le temps a passé, la vie lui a réservé quelques surprises et fait quelques jolis cadeaux, le succès en sommeil s'est réveillé au son des mélodies de l'entre-deux guerres, mais sur le fond, Patrick Bruel n'a pas changé. Même regard rieur, quelques petites pattes d'oies en plus autour des yeux, mêmes enthousiasmes, même générosité. Même envie de remettre les pendules à l'heure quand il craint qu'entre sa vie et celles qu'il vit par procuration, le spectateur ne s'égare. «Je ne suis pas Alex, je ne fonctionne pas du tout comme lui. A aucun moment, je ne me suis demandé ce que j'aurais fait à sa place», dit-il de son personnage dans le film de son troisième petit frère, Thierry Klifa. Et si l'on se hasarde à lui faire remarquer que, l'un comme l'autre, ont un rapport particulier à la paternité, il se fait une joie de préciser que, Dieu merci, là encore ils ne se ressemblent pas. «Je ne pense pas qu'on puisse vivre deux histoires d'amour en même temps. On peut être attiré par cinquante femmes, mais on ne peut pas en aimer deux femmes à la fois.»

A la lecture du scénario, cela vous a plu que le personnage d'Alex ne soit pas forcément lisse et gentil?

«Oui. J'en ai même rajouté un petit peu. Je trouvais qu'il n'était pas assez dur. C'est bien de pouvoir jouer sur des palettes plus larges, qu'il y ait des nuances, une évolution. En même temps, Alex est intéressant parce que les autres personnages le sont. Parce que les femmes sont fortes. Du coup, on comprend sa valse-hésitation. Ce qui est intéressant pour moi, dans ce personnage, c'est que c'est un garçon qui croit qu'il aime bien. Qu'il aime convenablement. Sa petite amie, son frère, son travail. Au départ du film, on a un type plein de certitudes qui vont voler en éclat avec le retour de Jeanne dans sa vie.»

Vous pensez que cela peut arriver à tout le monde de voir ses certitudes voler en éclat et de comprendre qu'on est en train de se tromper?

«Oui, bien sûr. Et ce n'est pas nécessairement le passé qui vient vous troubler. Ce peut être une rencontre...»

Et comment fait-on pour vivre avec des certitudes qui n'en seront peut-être plus demain?

«Ah ben... on vit avec. Comment fait-on pour ne plus vivre avec: ça, c'est beaucoup plus complexe. Quand les cartes se brouillent. Mais en même temps, ça permet de se reconstruire, de se remettre en mouvement, d'aller de l'avant. Tout ça dépend évidemment du moment où l'on vous prend.»

Sur la tournée Entre-deux, vous étiez plus acteur que chanteur...

«Dans cette tournée-là, c'est normal. Je faisais une petite comédie musicale. Mais l'évolution, c'est la vie. Mon évolution, c'est la quête de ma liberté. Et je le suis de plus en plus. Ce que j'ai fait avec Entre-deux , c'est... Tout le monde me parle du disque, mais la tournée, c'était énorme. C'était fou d'arriver et de dire aux gens: Voilà, je vais vous raconter l'histoire de Pierrot et Marinette...»

Et là, vous travaillez sur votre nouvel album?

«Oui, mais ce n'est pas pour tout de suite. Pas avant un an. Enfin, peut-être décembre, mais alors à la fin. S'il est prêt, je serai ravi, mais...»

Il faut vous mettre au travail!

«Oui. Mais je ne sais pas ce que j'ai. Je suis un peu fainéant, là, ces temps-ci.»

Après l'énorme succès d'Entre-deux, vous avez un peu peur qu'on vous attende au tournant?

«J'ai fait deux millions et demi d'albums avec Alors regarde et un million avec l'album suivant. Bon. C'est arrivé aussi à Michaël Jackson! Ce dont j'ai envie, c'est que mon prochain album soit beau et réussi et qu'il me permette de remonter sur scène heureux.»

© La Dernière Heure 2004