Après 17 ans d'absence, Isabelle Adjani a retrouvé le plaisir des planches. Et l'a partagé avec un public conquis

PARIS Cela faisait des mois que le Tout-Paris attendait l'événement avec une impatience mêlée de doute. Le retour d'Isabelle Adjani, actrice la plus mystérieuse du cinéma français, était sur toutes les lèvres. Mercredi soir, après 17 années d'absence, devant un public visiblement conquis au théâtre Marigny de Paris, elle a été une Marguerite Gautier belle, éblouissante, radieuse, d'après les privilégiés qui l'ont applaudie dans La dame aux camélias, d'Alexandre Dumas fils.

Mise en scène par Alfredo Arias, la comédienne a souhaité que la première publique se déroule en l'absence du Tout-Paris et des médias, faisant repousser les traditionnelles générales à partir du 24 octobre. Seule concession, Yves Saint-Laurent, ami de longue date, était dans la salle.

A l'entracte les avis étaient unanimes pour saluer la performance de la comédienne qui a été ovationnée. Cependant, le thème même et l'adaptation de la célèbre pièce par René de Ceccaty étaient qualifiés de déconcertant et étonnant.

`Adjani est magnifique mais c'est dommage qu'elle fasse son retour avec La dame aux camélias, commentait cette Parisienne de 51 ans. Pour Claire, une jeune comédienne également domiciliée à Paris, ` Adjani est puissante, son jeu est parfait même si parfois elle semble en faire un peu trop´. Eric, vendeur dans une grande librairie, a lui été impressionné par la mise en scène d'Alfredo Arias tandis `qu'Adjani se moule parfaitement dans son personnage´.

Plusieurs des spectateurs interrogés se sont amusés de l'entrée qualifiée `d'hollywoodienne´ de la comédienne qui apparaît dans l'entrebâillement d'une double porte, de dos, et dans un halo de lumière. `Le metteur en scène a sans doute voulu entretenir le mythe´, note François, un anonyme qui a payé sa place 2160 F (53,55 ), `un prix élevé mais juste pour un si beau théâtre et une si grande comédienne´.La dernière apparition d'Isabelle Adjani sur les planches remonte donc à 1983: c'était pour Mademoiselle Julie d'August Strindberg à Paris, pièce qui avait été interrompue pour incompatibilité d'humeur de la star avec son partenaire, Niels Arestrup.

`Je ne calcule pas mes apparitions pour me faire désirer. Je sais que je vais travailler au long des prochaines années puisque je le veux. Les choses les plus intéressantes, j'espère les faire dans cette décennie qui s'annonce remplie de projets multiples´, déclarait Isabelle Adjani dans une interview publiée récemment par l'hebdomadaire Paris-Match.

Son metteur en scène, Alfredo Arias, accordait de son côté, à la veille du grand soir, un long entretien à France-Soir. Interview dans lequel le bouillonnant argentin ramenait Adjani à ce qu'elle n'a jamais cessé d'être: une actrice très douée, certes. Mais une actrice tout simplement. `Il n'y a pas eu, à aucun moment, l'impression que nous faisions autre chose que La dame aux camélias, dit-il. On sait ce que signifie le retour d'Isabelle au théâtre, mais ce n'est pas le sujet même si cela fait partie d'un monde extérieur qui nous attend et vers qui nous allons. Le sujet, c'est Marguerite Gautier. () Avant tout, je vois Isabelle comme une actrice. Elle n'a jamais fait intervenir des prérogatives de star dans le travail. Elle s'est montrée profonde, généreuse, totalement engagée.´

Les caprices adjaniens ? `Ce sont des histoires qu'on raconte. Il n'y a pas eu de problème: pourquoi en inventer? La vérité est qu'Isabelle possède un niveau d'exigence qui pouvait être le mien. On peut être mal compris quand on est en face de gens qui ne répondent pas à ces exigences de nature artistique. Moi, je comprenais. Je parlais l'Adjani.´