Django unchained . Magnifique hommage au western, surtout spaghetti

LOS ANGELES RÉSUMÉ. Chasseur de primes, cela paie mieux que dentiste. Et on peut faire très mal à ses “patients ” sans risque de représailles. Doté d’un tir précis, d’un culot à toute épreuve et d’un sacré sang-froid, le Dr King Schultz (Christoph Waltz) entasse donc les cadavres comme des dents cariées dans sa roulotte de dentiste. Mais parfois, pour reconnaître ses futures et lucratives victimes, il a besoin de témoins. Comme Django (Jamie Foxx). Qu’il libère non sans avoir abattu les esclavagistes qui le maltraitaient. Un choix plutôt judicieux : Django se révèle un tireur naturel dont il fait rapidement son associé. Objectif : accumuler les primes et, l’été venu, tenter de libérer la femme de Django des griffes de Calvin Candie (Leonardo DiCaprio).

NOTRE AVIS. Quentin Tarantino rend enfin hommage au genre qui a le plus influencé son œuvre, le western. Et c’est jubilatoire. Tout y passe, du sadisme lent à la Sergio Leone aux classiques duels visualisés uniquement par des jeux d’ombre, en passant par de folles chevauchées dans des décors de rêve et les mille et une trouvailles humoristiques du western spaghetti. Et dans ce dernier registre, Tarantino n’y va pas par le dos de la cuillère. Cheval abattu de sang-froid pour immobiliser son propriétaire, disputes entre membres du Ku Klux Klan qui ne voient rien à travers leurs cagoules, tirs sur un shérif sans défense ou massacres sans fin, tout est excessif jusqu’au délice devant sa caméra.

Cerise sur le gâteau : le casting est encore plus impressionnant que celui d’Inglorious basterds . Christoph Waltz compose avec un brio inouï un chasseur de primes raffiné, distingué, capable des pires ignominies pour descendre ses proies. Jamie Foxx, pour sa part, se la joue Clint Eastwood black, avec répliques courtes mais efficaces et sortie de colt plus vite que son ombre. Leonardo DiCaprio campe de son côté un grand propriétaire terrien très porté sur l’esclavagisme et les combats à mort. Dans un premier temps, l’homme semble un peu plus évolué que ses congénères, mais la façade peut être trompeuse et ses colères sont tout simplement terrifiantes. Enfin, comment ne pas être ébloui par Samuel L. Jackson, épatant en vieux serviteur zélé, obséquieux et très raciste… envers les membres de sa propre communauté.

La musique, comme toujours chez Tarantino, est à la hauteur de l’événement, entre hommages aux mélodies du vieil Ouest et compositions contemporaines plus déchaînées.

Même si certaines petites longueurs auraient pu être supprimées, on ne voit jamais défiler les 2 h 44 de spectacle ébouriffant, d’humour débridé, de violence bouffonne à la Kill Bill et de références délicieuses à tout l’imaginaire du western. À l’arrivée, ce grand spectacle politiquement incorrect et volontairement iconoclaste se révèle juste jubilatoire. Un gros coup de cœur.



Patrick Laurent

Django unchained

Western

Réalisé par Quentin Tarantino

Avec Jamie Foxx, Christoph Waltz, Samuel L. Jackson, Leonardo DiCaprio, Kerry Washington, Don Johnson, Jonah Hill

Durée 2 h 44



© La Dernière Heure 2013