Le manga animé Steamboy est sorti en DVD. Un grand spectacle né de l’imaginaire de Katsuhiro Ôtomo, le père d’Akira

BRUXELLES Katsuhiro Ôtomo est considéré comme un des auteurs phare du manga japonais. Son premier long-métrage, le cultissime Akira, manga animé de science-fiction sorti à la fin des années 80, lui a assuré une notoriété internationale. L’année passée, après huit ans de travail, Ôtomo voyait enfin son deuxième film sortir dans les salles obscures: Steamboy. Ce manga animé, le plus cher jamais produit au Japon (20 millions de dollars !), quittait le Tokyo futuriste d’Akira pour le Londres fascinant de la révolution industrielle du XIXe siècle. À l’occasion de la sortie DVD de ce bijou mêlant harmonieusement 2D et 3D, le réalisateur rencontrait la presse européenne pour revenir sur la genèse de Steamboy et sa conception du cinéma qui doit être avant tout «un reflet du temps présent».

Pour ceux qui garderaient toujours l’image tenace, malgré Le Voyage de Chihiro, Ghost in the Shell et bien d’autres, que le manga se limite à des histoires de baston à la Dragon Ball, Steamboy a de quoi surprendre. Katsuhiro Ôtomo a placé le contexte de l’histoire dans l’Angleterre du milieu du XIXe siècle, en pleine révolution industrielle née notamment de la domestication de cette source d’énergie extraordinaire qu’est la vapeur. Le jeune héros Ray doit empêcher qu’une incroyable et surpuissante technologie utilisant la vapeur et inventée par son père ne tombe entre les mains de gens mal intentionnés. La survie de Londres, alors capitale du monde préparant l’exposition universelle, est en jeu. Une histoire palpitante dans un univers fascinant et imaginaire qui sent la rouille et les flaques d’huiles des premières usines et des locomotives à vapeur (dont on célébrait en 2004 les 200 ans). Les images, 180.000 au total pour composer le film, sont les fruits somptueux d’un travail acharné et de longue haleine. Ôtomo et son équipe n’ont pas hésité à faire le voyage en Angleterre pour partir à la découverte des grands centres industriels du XIXe, comme Manchester ou Londres, mais aussi de la campagne afin d’assurer aux spectateurs une immersion la plus belle possible. Revenue des îles, l’équipe a dessiné l’histoire, image par image, avant de rajouter des effets numériques, notamment pour donner une texture et un rendu réaliste et sensuel à la vapeur, omniprésente notamment à travers des inventions imaginaires comme les soldats à vapeur. Si Disney a définitivement abandonné le traditionnel dessin animé en 2D, ce dernier n’est cependant pas près de mourir au Japon où le manga animé s’offre à travers Steamboy une seconde jeunesse en se mêlant à la 3D et aux techniques numériques.

Huit ans auront donc été nécessaires au réalisateur pour mener à bien ce grand spectacle, huit longues années pour rassembler l’argent (il en fallait beaucoup, notamment pour développer de nouvelles technologies numériques encore inexistantes) et les meilleurs dessinateurs. « Il a été très difficile de trouver les artistes qui regroupaient toutes les aptitudes voulues » confesse Ôtomo qui a lui-même commencé sa carrière comme simple dessinateur de manga, il n’avait alors que 19 ans. Il travaillera ensuite 10 ans sur le manga Akira qui deviendra très vite culte au Japon avant de le devenir mondialement quand Ôtomo en fera un film. Un grand film. Tout comme l’est Steamboy. Si cela reste des dessins animés, on est loin des classiques pour enfant avec le grand méchant et le super héros. « Je fais consciemment un effort constant de ne pas écrire des histoires avec des personnages complètement méchants ou complètement gentils » rapporte Ôtomo qui dit avoir beaucoup de respect pour… Fellini, Kubrick ou encore John Ford ! Steamboy, à voir, avant une suite en préparation.