Wolfgang Petersen est fasciné par l’eau depuis son enfance à Emden

LONDRES “J’adore la mer, j’ai grandi avec elle. Je traînais au bord de l’eau, je passais des heures à la regarder. Les couleurs me fascinent. Et puis, quelle puissance : la mer peut vous broyer en un instant. Quelle métaphore de la vie. Et pour un réalisateur, quelle mine…”
Et pourtant, s’il n’avait pas été cinéaste, Wolfgang Petersen n’aurait pas, pour la cause, embrassé une carrière à la Jacques Cousteau. “Non, j’avais envie d’être pilote ou boulanger, quand j’étais enfant”, dit-il presque penaud. “Et puis, à 12 ans, j’ai changé d’avis, j’ai su que je voulais être metteur en scène.” Un metteur en scène qui a donc fait de l’eau son élément de prédilection puisqu’il a réalisé des monuments tels que Das boot et En pleine tempête. Deux films très longs en regard de ce Poseidon qui flirte à peine avec l’heure trente. “On pourrait croire que j’ai tourné beaucoup plus et qu’il y aura des tas de scènes coupées sur le DVD, mais ce n’est pas vraiment le cas. Il y en a quelques-unes, c’est vrai, mais je les ai coupées parce qu’elles ralentissaient l’action”.

À l’heure où le monde vivait le drame du Tsunami et, un peu plus tard, celui de l’ouragan Katrina, Wolfgang Petersen, n’avait pas, jusque là, songé à s’attaquer au remake du Poseidon de 1972. “Mais j’y ai trouvé une résonance terrible avec ce qui s’était passé ces dernières années : à bord du bateau, ce soir de réveillon, nous sommes dans un monde presque parfait, où tout va bien. Et puis, en une seconde, le désastre s’abat sur eux, comme jamais avant. J’ai tout de suite été enthousiasmé. Pas par l’idée d’un remake, mais par une nouvelle lecture de l’histoire, au regard de l’actualité d’aujourd’hui.”

Et le réalisateur l’avoue tout de go : pour lui, sa version est bien plus réaliste que celle de Ronald Neame. “C’était vraiment un film très hollywoodien, soyons clairs. Très innocent, daté, merveilleusement surjoué. Regardez la coupe de cheveux de Gene Hackman…”
Mais alors, pourquoi ne pas avoir poussé plus loin le réalisme et être resté aussi politiquement correct, notamment dans les pertes humaines qu’engendre le naufrage ? “Tout ce que nous montrons dans ce film ne l’a jamais été avant”, se défend le réalisateur. “Imaginer un bateau sur lequel évoluent 4000 personnes, le mettre cul par-dessus tête, en extraire une dizaine de héros qui ne se connaissent pas, regarder comment ils tentent de survivre, c’est ça qui m’intéressait. Ce film parle de nos peurs primales et de la manière dont chacun d’entre nous pourrait réagir s’il était confronté à ce danger.”
Noyé sous les contraintes techniques lors de ses derniers films, Wolfgang Petersen n’en a pourtant jamais fait des cauchemars. Il avoue même, le sourire aux lèvres, que ce qui le réveille au milieu de la nuit, ce sont de mauvais rêves dans lesquels la terre tremble ! “À chaque fois, je dois sauver ma femme, qui m’appelle à une fenêtre. Je me réveille en nage. Enfin, heureusement, je me réveille. Mais, non merci, je n’ai pas du tout envie d’en faire un film !”

Mais ce qui rend le réalisateur le plus fier, c’est sans conteste sa scène d’ouverture, un long plan-séquence dans lequel rien n’est vrai… sauf l’acteur. “Deux minutes trente d’images générées par ordinateur. ILM a travaillé dessus pendant 14 mois”.