Une Mostra au sang vif

Cinéma

Gildas Le Roux

Publié le

Une Mostra au sang vif
© AP
Le festival du film de Venise entre amour fouet vengeance sanguinaire

VENISE Le premier des trois films français en course pour le Lion d'or, Les amants réguliers de Philippe Garrel, a été accueilli tièdement samedi par les festivaliers vénitiens, également désarçonnés par la violence de Lady Vengeance, du Coréen Park Chan-wook.

Durant trois heures, Philippe Garrel suit les tribulations d'un groupe de jeunes ayant participé aux événements de mai 1968 pour ensuite plonger dans l'univers de l'opium. Au sein de ce groupe naît un amour fou entre François Dervieux (Louis Garrel) et une jeune femme croisée lors de l'insurrection (Clotilde Hesme).

De longs plans fixes sur les visages immobiles des personnages et des dialogues parfois à peine audibles ont découragé nombre de festivaliers qui se sont discrètement éclipsés avant le générique de fin.

Les amants réguliers, tourné en noir et blanc, est pourtant illuminé par la présence à l'écran du fils du cinéaste, Louis Garrel, dont le profil d'aigle et la tignasse brune attirent irrésistiblement la caméra.

Le jeune acteur, déjà vu dans le film de Bernardo Bertolucci Les innocents (également sur mai 1968 à Paris), rappelle par ses poses languides et son visage tiraillé entre espiègle et sérieux les modèles du Caravage.

Philippe Garrel a profité de sa conférence de presse sur le Lido pour dénoncer la difficulté de faire des films en France.

Autre sujet, autre ambiance chez Park Chan-wook avec Lady Vengeance. Geum-ja (Lee Young-ae), une jeune femme dont la beauté attire tous les regards, a été condamnée quand elle avait 20 ans pour l'enlèvement et le meurtre d'un petit garçon.

Pendant treize ans passés en prison, Geum-ja, détenue modèle, a préparé sa vengeance contre son ancien professeur, M. Baek, pour des motifs qui plongent pendant près de deux heures le spectateur dans un univers d'horreur et de violence, pimenté de suspense, d'humour et d'amour.

«Je ne cherche pas la violence pour le seul plaisir de la montrer, car tout acte de violence provoque de la souffrance. Je veux que le public réalise à quel point la violence est source de souffrance», a déclaré lors de sa conférence de presse le cinéaste coréen, vainqueur du Grand Prix du Jury à Cannes en 2004 pour Old boy.

L'héroïne est remarquablement interprétée par la jeune Lee Young-ae, dont le visage angélique crée un contraste d'autant plus saisissant avec la violence et la dureté des images.

Les festivaliers ont aussi découvert samedi, hors compétition cette fois, un réjouissant Casanova, signé par le réalisateur de Chocolat Lasse Hallström.

Dans cette farce avant tout divertissante, le célèbre séducteur vénitien, incarné par l'Australien Heath Ledger, doit faire face aux poursuites de l'Inquisition, mise en fureur par son libertinage, et notamment à un évêque, Mgr Vespucci (l'excellent Jeremy Irons), venu de Rome pour mettre fin au scandale.

Mais si ces films faisaient la une des grands écrans, dans la lagune, les stars américaines raflaient eux toute l'attention des paparazzi venus en force pour les vedettes hollywoodiennes qui prennent toujours un réel plaisir à se rendre dans la cité lacustre.

© La Dernière Heure 2005

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