Pourquoi préfère-t-on parfois les Dalton à Lucky Luke, Hannibal "le cannibale" Lecter à Clarice Starling, Olrik à Blake et Mortimer, le Joker à Batman ou Dark Vador à Luke Skywalker ? Leurs aventures sont pourtant construites autour du héros, censé captiver le grand public, tandis que l’ennemi n’est en principe là que pour épicer le récit et ajouter une belle dose de frisson.

Cette question, un étudiant de l’université d’Aarhus, au Danemark, a tenté d’y répondre en menant une enquête auprès de 1 805 Américains. "Nous voulions examiner comment des personnages aussi infâmes pouvaient être aimés ou faire réagir positivement, a-t-il expliqué. En principe, les héros moraux sont appréciés en raison de leur moralité et les immoraux détestés en raison de leur immoralité. Nous ne doutons pas que c’est souvent le cas, mais pas toujours : beaucoup de ‘méchants’, comme Dark Vador dans Star Wars ou Séphiroth dans le jeu vidéo Final Fantasy, sont extrêmement populaires. On peut même dire qu’ils sont aimés en un sens."

Il a donc posé plusieurs séries de questions, les unes concernant les sympathies éprouvées par rapport aux "vilains" qui peuplent les films américains, voire la compréhension de leurs actes, les autres pour déterminer la personnalité des candidats.

Il est parvenu à établir des liens intéressants. D’après son étude, il y aurait une "forte corrélation" entre les personnes présentant des traits de narcissisme, de psychopathie et de machiavélisme (ce qu’il appelle la "triade noire") et celles qui s’identifieraient plus facilement "à une personnalité type qui ne choisit pas d’être mais est, tout simplement, un maître de la manipulation".

Inutile, cependant, d’envoyer immédiatement chez le psy un membre de votre famille qui préférerait le super-méchant au super-héros. "Vous pouvez moralement vous opposer à Dark Vador tout en le trouvant fascinant et séduisant, ou vous pouvez apprécier l’incarnation folle du nihilisme du Joker sans estimer que c’est un pote agréable, conclut le chercheur. Contrairement aux affirmations sensationnalistes, on ne devient généralement pas violent en jouant à des jeux vidéo violents." Ouf…