Le palmarès du festival suscite la polémique

VENISE La presse italienne s'est fait l'écho dimanche des sempiternelles polémiques sur les choix du jury du Festival de Venise, qui a décerné samedi soir le Lion d'or au film "Pieta", poème sombre du Sud-Coréen Kim Ki-duk.

"Déception pour Marco Bellocchio, à Venise triomphe Kim Ki-duk", titre en Une le quotidien Repubblica, qui publie un éditorial intitulé "Le jeûne italien" pour exprimer la déception du cinéma italien, qui n'a pas remporté le Lion d'or depuis 1998.

Une déception d'autant plus forte que l'Italien Marco Bellocchio, en compétition avec "La Belle au bois dormant", était donné parmi les favoris.
Le Corriere della Sera va encore plus loin et dénonce dans un éditorial le "verdict discutable" d'un jury qui a couronné un film "davantage aguicheur que beau" avec une mise en scène "sans véritable âme".

"+La Belle au bois dormant+ méritait un jury capable d'en comprendre les qualités", déplore-t-il.

Interrogé par des médias, Bellocchio s'est irrité de la critique qu'aurait faite un membre du jury sur un cinéma italien "trop provincial et nombriliste". "L'euthanasie, le drame de la fin de vie, ce sont des sujets provinciaux ? J'accepte la décision du jury mais qu'on ne vienne pas nous dire ce que les Italiens doivent raconter au cinéma".

De son côté, Daniele Cipri auteur de "E stato il figlio" a remercié le jury pour le prix de la meilleure contribution technique et pour la récompense décernée à l'un des protagonistes de son film. "Ce ne sont pas des lots de consolation, je suis très fier du prix pour la photographie et d'avoir découvert un jeune talent comme Fabrizio Falco".

Repubblica a mis pour sa part l'accent sur la gaffe du jury qui s'est emmêlé les pinceaux en remettant le Lion d'argent du meilleur réalisateur à l'Autrichien Ulrich Seidl ("Paradis: Glaube") et le prix du jury à Paul Thomas Anderson pour "The Master".

C'est Laetitia Casta, membre du jury présidé par le cinéaste américain Michael Mann, qui s'est rendue compte que les prix avaient été inversés et a remis les pendules à l'heure, causant un moment de confusion sur la scène du Palais du Cinéma. Chacun a finalement récupéré le prix qui lui était destiné.
Bien que ce cafouillage se soit terminé sans anicroches et dans la bonne humeur, le Corriere della Sera n'hésite pas à parler du "lapsus impardonnable qui a inversé les destinataires" des deux prix.

Pour ce qui concerne les choix du jury, le directeur de la Mostra Alberto Barbera, nommé en décembre, a tenu à faire une ferme mise au point : "Les choix du jury ne se discutent pas. Le reste n'est que spéculations et dissertations académiques".

"J'ai assisté aux réunions du jury et j'ai vu un jury très démocratique et très serein", a-t-il ajouté, espérant mettre ainsi un terme à une autre polémique italo-italienne accusant Michael Mann d'avoir imposé ses vues aux autres jurés en excluant les films italiens.

Au cours de la conférence de presse qui a suivi le palmarès, "l'implacable président Mann a réprimé toute tentative de question sur le fait de savoir s'il y avait eu des discussions sur les films italiens, vu qu'il y en avait trois en compétition et qu'ils n'ont eu qu'un prix mineur", regrette le Corriere.
Le journal s'étend aussi sur le silence soi-disant lourd de désapprobation du réalisateur italien Matteo Garrone, également membre du jury, durant la conférence de presse.

La Française Laetitia Casta a tenté de réconcilier tout le monde en affirmant que "la déception italienne était normale". "Cela se passe aussi à Cannes, il faut accepter" le palmarès, a-t-elle ajouté.

© La Dernière Heure 2012