Laurent Lafitte noyé par la polémique, après avoir osé une comparaison entre Woody Allen et Romand Polanski.

Sur un écran de télévision, le Festival de Cannes tient plus du cirque que de la manifestation culturelle. Qui se résume à un défilé hallucinant de stars dans les tenues les plus glamour ou les plus affriolantes.

Sur place, c’est nettement plus dingue et schizophrénique que ça. En matinée et en début d’après-midi, les 5.000 journalistes se goinfrent de pellicule, mangent et parlent 7e art. Puis, en soirée, la folie people emporte tout sur son passage. Même les plus cinéphiles commentent la robe de Julia Roberts et, surtout, les tenues les plus minimalistes de comédiennes en manque de reconnaissance ou de top models jamais frileuses.

Ces deux mondes cohabitent et créent une ambiance très particulière. Dans le même hall d’hôtel, on croise Christophe Beaugrand en train de se mettre en scène pour son émission, Confidences intimes, Eva Longoria entourée d’une cour qui suffirait à composer cinq équipes de football ou, quelques mètres plus loin et toute seule, l’interminable Doutzen Kroes se rendant totalement détendue à un shooting dans une robe noire totalement transparente.

D’autres, pour qui cinéma rime avec crème glacée, ont patienté des heures pour apercevoir Kendall Jenner en vanter les mérites. Pour cela, il y avait 300 journalistes accrédités. Plus que pour la plupart des conférences de presse des films en compétition réalisés par des cinéastes au nom imprononçable venues de lointaines contrées. Face au glamour, la cinéphilie ne pèse pas toujours bien lourd.

D’ailleurs, le ventre arrondi de Blake Lively a fait l’objet de bien plus d’articles que le premier film roumain en compétition. Celui de Valérie Donzelli et de Géraldine Nakache aussi.

Pour les voir en vrai, des centaines de fans passent une dizaine d’heures au pied des marches du palais. Et discutent du sujet qui fait polémique, encore et toujours : la présentation de la cérémonie d’ouverture par Laurent Lafitte.

Durant laquelle il s’était montré étonné que Woody Allen tourne autant en Europe alors qu’il n’est "pas accusé de viol aux USA".

Manifestement dépassé par les réactions outrées, il a déclaré ne pas être au courant des attaques proférées par Dylan Farrow, qui reproche au cinéaste d’avoir agressé sexuellement sa sœur. En guise d’explication, Laurent Lafitte a déclaré qu’il s’agissait d’une blague sur "le puritanisme américain", en référence "à Roman Polanski"

Deuxième grosse bourde : les Américains, qui avaient trouvé culottées ses attaques contre Woody Allen, n’ont pas apprécié ce retournement de veste et le comparent désormais à Donald Trump !

Emmanuelle Seigner, la femme de Roman Polanski, n’a pas non plus goûté la remarque : sur Instagram, elle qualifie le "pathétique Laurent Lafitte" de "gros blaireau" avant d’ajouter les hashtags loose, vulgaire et médiocre. Comme ça, Laurent Lafitte aura réussi à faire l’unanimité contre lui. Un exploit.

Et les Belges , dans tout ça ? Joaquim Lafosse a reçu un accueil triomphal lors de la présentation de L’économie du couple à la Quinzaine des réalisateurs, François Troukens a droit à un article élogieux dans Screen pour son premier long métrage, Au-dessus des lois, mais c’est une autre compatriote qui fait l’événement : Virginie Efira. Sa prestation dans Victoria est couverte d’éloges, y compris dans la presse américaine. Variety parle d’un "visage de poupée avec des courbes à crier au loup" tandis que Screen évoque "la talentueuse Virginie Efira" en déclarant "qu’il ne pouvait y avoir de meilleur choix pour incarner cette femme intelligente". Gala s’extasie aussi ("Virginie Efira dépote")et la compare à Gena Rowlands. Rien que ça. Quoi qu’il arrive, elle sera à coup sûr la grande gagnante belge de ce Festival 2016.