Yves : et si la bonne musique était dans le frigo ?

Intelligent, créatif, attentionné, ce sont sans doute les derniers adjectifs qu’on accolerait à son frigo. Et encore, dans un état d’ébriété qui défierait l’entendement. Et pourtant, la formidable comédie de Benoît Forgeard est entièrement basée sur ces associations surréalistes.

Glandeur professionnel, rappeur dont la renommée ne dépasse pas la porte du garage dans lequel il a installé un petit studio, Jérem (William Lebghil) n’a accepté l’installation d’un frigo doté de l’intelligence artificielle, Yves, qu’en raison d’une clause du contrat spécifiant qu’il serait nourri gratuitement le temps du test. Mais pas question pour lui de manger plus sainement ou de suivre les conseils du frigidaire.

Les glaçons débordent du frigo quand Yves se met à lui expliquer comment faire de la bonne musique. Là, c’en est trop. C’est décidé, il va rendre Yves à So, la jolie enquêtrice (Dora Tillier) qui l’a choisi pour cette expérience. Mais tout change lorsque son producteur (Philippe Katerine) et So entendent la musique balancée par l’appareil. Pour la première fois, tout le monde reconnaît du talent à Jérem.

Notre avis Fable tendrement caustique et pleine de malice sur l’impact de l’intelligence artificielle dans notre vie, Yves s’impose comme une merveilleuse surprise tant par son humour grinçant que par son originalité, son ton décalé ou son approche très nuancée des nouvelles technologies. Fait encore plus incroyable : durant une heure quarante-sept minutes, le cinéaste parvient à surprendre par des rebondissements astucieux, à varier les styles d’humour et à éviter les clichés là où les comédies françaises se contentent généralement d’un démarrage accrocheur sans plus aucune idée pour la suite.

L’exploit de transformer un frigo en un personnage à part entière n’est pas mince. Et attendez-vous à d’autres surprises. Électroménagères ou autres. Car tout le monde en prend pour son grade, de l’Eurovision à l’industrie musicale, des chercheurs aux artistes, et même les machines, dont les connexions peuvent être engluées dans un ego sans pareil. Impossible, dans ce contexte, de ne pas se poser des questions sur notre propre dépendance/asservissement aux nouvelles technologies. Que serions-nous, que ferions-nous sans elles ? La réponse ne se trouve pas nécessairement dans le film, mais bien les éclats de rire. Tous les ans, le cinéma français nous propose une pépite que personne n’avait annoncée. En 2019, elle s’appelle Yves.