RÉSUMÉ. 20 ans de la vie d’Yves Saint Laurent, du jeune protégé de Dior en 1957 au maître de la haute couture dont les collections révolutionnent la mode dans les années 70. Vingt années marquées par son histoire d’amour avec Pierre Bergé.

NOTRE AVIS. Le biopic est un des genres les plus incertains du 7e art. Trop souvent miné par des hagiographies sans réel intérêt, uniquement axées sur le génie d’un être pour montrer à quel point la face du monde s’en est trouvée changée. Jalil Lespert, lui, s’épanche moins sur les sources d’inspiration d’Yves Henri Donat Mathieu-Saint-Laurent que sur les nombreuses facettes de sa personnalité méconnues. Pour le grand public, c’était avant tout un homme élégant, distingué, timide, presque effacé. Alors qu’avec ses proches il pouvait faire la noce toute la nuit, donner avec une générosité sans fin, se montrer particulièrement odieux, sombrer dans de graves dépressions, abuser de la drogue ou cacher sa maladie.

Cette personnalité complexe, Jalil Lespert l’aborde par l’entremise de son grand amour, Pierre Bergé, celui qui va s’effacer pour permettre à Saint Laurent d’exploiter son incroyable potentiel. En dépit des tromperies, des dépenses inconsidérées ou des actes insensés, il ne le laissera jamais tomber. Allant jusqu’à le protéger contre lui-même.

Ce portrait plein de nuances bénéficie de l’interprétation de comédiens épatants. À commencer par Pierre Niney, qui ne se contente pas de ressemblances vocales ou physiques, pour incarner totalement YSL. Son histoire d’amour avec Pierre Bergé (merveilleusement incarné par Guillaume Gallienne) prend vraiment aux tripes.

Cerise sur le gâteau : les mannequins portent les vraies robes conçues par Saint Laurent. Ce qui donne un cachet supplémentaire à un film parfois un peu trop froid mais impressionnant dans l’ensemble.

Yves Saint Laurent - Biopic - Réalisé par Jalil Lespert - Avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon, Laura Smet, Marie de Villepin, Astrid Whettnall - Durée 1h46

Grudge Match, hommages à Rocky et Raging Bull

RÉSUMÉ Henry Razor Sharp (Sylvester Stallone) et Billy The Kid McDonnen (Robert De Niro) se sont affrontés deux fois pour le titre de champion du monde des poids lourds. Une victoire partout. Tout le monde devrait être content. Mais c’est loin d’être le cas. Trente ans après, The Kid prétend avoir été battu hors forme et ne digère pas que son rival ait aussitôt pris sa retraite, au lieu de lui accorder sa revanche. Mais à l’occasion du tournage d’un jeu vidéo, les deux se retrouvent dans la même pièce. Leur castagne fait le tour d’Internet. L’intérêt pour ce match de la rancune grimpe donc en flèche. Et comme Razor se trouve fauché, il finit par accepter.

NOTRE AVIS Ne ratez surtout pas l’entame du film, façon Amicalement vôtre, destinée à retracer l’antagonisme entre les deux boxeurs via des images de Rocky et deRaging Bull. Une entame rythmée, délicieusement nostalgique, prolongée par une dispute haute en couleur entre les deux cogneurs vêtus de la tête aux pieds d’un costume moulant vert et de capteurs informatiques.

Pour le coup, le réalisateur d’Y a-t-il un flic 3 et du Professeur Foldingue 2 nous cueille à froid et nous envoie dans les cordes.

Une bonne surprise qui ne s’éternisera hélas pas. La suite n’est qu’une resucée de Rocky, avec des protagonistes dénués de nuances, une histoire d’amour qui fait toujours battre le cœur de Razor (Allô, Adrienne…) et une multitude de clins d’œil à Rocky (l’envie de taper sur une carcasse de bœuf, les œufs crus au petit déj) ouRaging Bull (les entraînements). Distrayant mais sans la moindre surprise.

Le combat final se fait aussi longuement attendre. Mais tient ses promesses. Même si Robert De Niro ne paraît vraiment pas de taille à combattre un Sylvester Stallone toujours très affûté, les séquences au cœur du ring sont bien réalisées et étonnamment dynamiques vu l’âge des protagonistes (67 et 70 ans, tout de même). Les fans de Rocky devraient rester K.-O. debout. Les autres risquent de trouver tout ça un peu suranné.

Grudge Match - Boxe - Réalisé par Peter Segal - Avec Robert De Niro, Sylvester Stallone, Kim Basinger - Durée 1h53


Le géant égoïste, du cinéma social très noir

RÉSUMÉ Tout est gris à Bradford : le ciel, les maisons délabrées des quartiers populaires, l’humeur des gens qui vivotent comme ils peuvent. Ou alors très noir, comme les idées de cette tête brûlée d’Arbor, un petit bagarreur sec, en décrochage scolaire complet, toujours flanqué de son copain rondouillard et naïf, Swiffy.

Pour gagner un peu d’argent, les deux amis empruntent un cheval (la grande passion de Swiffy) à un ferrailleur véreux, Kitten, et ramassent tout ce qui contient du métal. Quitte à prendre des risques insensés.

NOTRE AVIS Avant de réaliser son premier long métrage, Clio Barnard est passée par l’école du documentaire. Et cela se sent. Contrairement à Ken Loach, auquel son film fait immanquablement penser, elle ne fait pas la moindre concession à l’humour. Ni même à l’humanité, si ce n’est dans une conclusion qui s’impose comme la meilleure partie de l’ensemble ! Son cinéma social est celui de la débrouille, du marche ou crève, de la survie au détriment des autres sans le moindre état d’âme. Le tout, vu à travers les yeux d’enfants incroyablement agressifs, malheureux, mal dans une vie où ils n’ont pas leur place.

C’est rugueux, cohérent, extraordinairement bien joué par deux jeunes comédiens d’un naturel sidérant, mais dénué du moindre élément de surprise et, étrangement, rarement interpellant. Sans aucune échappatoire, cette histoire sombre toujours plus dans la noirceur et nous perd en chemin. Le géant égoïste génère un sentiment d’impuissance déprimant sans ouvrir de véritable piste de réflexion. Comme si la nature humaine était ainsi faite que tout ne pouvait toujours qu’aller plus mal. Le cinéma de Ken Loach, lui, amène à se poser plus de questions sur notre mode de vie et la société que nous cautionnons par nos comportements.

Le géant égoïste - Drame - Réalisé par Clio Barnard - Avec Corner Chapman, Shaun Thomas, Sean Gilder - Durée 1h31