Comment faire face à la crise des prix de l'énergie? "La meilleure formule, c'est d'introduire une sorte de tarif social intermédiaire"

Ce matin, Maxime Binet recevait Marie-Christine Marghem et Philippe Defeyt dans la matinale DH Radio pour aborder la semaine cruciale quant à l'énergie et les carburants en Belgique. Le gouvernement fédéral doit en effet trancher sur la question de la sortie du nucléaire, tandis que les effets de la guerre en Ukraine font grimper les prix de l'énergie.

Une réunion doit avoir lieu ce lundi soir pour savoir si le principe de cliquet inversé va être implémenté ou non. Pour Marie-Christine Marghem, il faut faire cela le plus vite possible. "La population attend depuis des semaines, je dirais même des mois, des mesures fortes qui lui permettent de faire face à l'augmentation effarante des prix de l'énergie".

Justement, pourquoi avoir autant attendu ? "Probablement qu'il y a des difficultés (ndlr; pour s'accorder) parce que l'on met dans la négociation des éléments qui n'ont peut-être pas directement à voir avec l'urgence du moment. Déjà au niveau de la diminution de la TVA sur l'électricité, on a mis beaucoup de temps pour se mettre d'accord, alors que les prix augmentaient déjà". La députée fédérale a également dénoncé l'attitude de certains politiques au sein du gouvernement : "Je crois que certains partenaires mettent cet élément-là dans la balance alors que c'est un élément de long terme".

Des mesures ciblées, aussi pour la classe moyenne

De son côté, Philippe Defeyt a évalué le coût pour l'Etat du cliquet inversé. "Les estimations sont de l'ordre de 5,5 millions d'euros par jour. Faites le calcul sur l'année : on est au-delà du milliard et demi", a-t-il lancé d'emblée. La Belgique peut-elle se permettre une telle mesure ? Selon l'économiste, c'est ici que le débat politique commence. "Il n'y a pas de doute : il faut prendre des mesures, tout de suite et le plus rapidement possible", estime-t-il. Il insiste sur l'importance de cibler ces mesures. "Il y a une partie de la population qui peut supporter une partie plus ou moins importante de la hausse de l'ensemble des produits pétrolier et gazier". Philippe Defeyt prévient cependant qu'il faut éviter un certain simplisme.

Un avis partagé par Marie-Christine Marghem. "Il faut aider et de manière ciblée, ainsi que de manière temporaire. Il faut suivre l'évolution de la crise et la volatilité des prix sur le marché", note l'ancienne ministre de l'Energie. Elle plaide pour que les indépendants, qui bénéficient d'un retour fiscal, soient aidés sans attendre. "La deuxième chose, ce sont les factures d'électricité et de gaz. Vous avez le tarif social qui va être étendu et qui concerne 20% de la population. Puis, vous avez la classe moyenne, qui elle trinque à chaque fois".

Alors, comment cibler ces mesures malgré l'urgence ? "Il faut aller au-delà des 20% de ménages précaires et viser au moins la classe moyenne inférieure. Ce qui me semble la meilleure formule, c'est d'introduire une sorte de tarif social intermédiaire pour cette classe intermédiaire", propose Philippe Defeyt. "Je ne suis pas opposée à cela", se positionne Marie-Christime Marghem.

L'urgence aurait-elle pu être évitée ?

"Par peur de prendre des mesures au moment où elles auraient été plus faciles à prendre, par peur de déplaire, on a continué à s'enfoncer dans une dépendance très importante. Plus de 90% de notre énergie est importée et c'est vraiment un problème majeur dans notre pays", dénonce Philippe Defeyt. Selon l'économiste, il y a tant une responsabilité politique que sociétale. "Ça arrangeait bien tout le monde qu'on ne parle pas d'énergie et qu'on vive dans une illusion de prix et d'inflation limitée". Il dénonce le manque de courage et de vision de la classe politique.

Ces propos n'ont pas manqué de faire réagir Marie-Christine Marghem. "Quand vous parlez de 90% d'énergie importée, vous mettez dans le paquet sa source d'énergie nucléaire qui nous permet d'avoir plus de 50% de notre électricité produite sur notre sol. Et ça, je ne suis pas d'accord, parce qu'évidemment il n'y a pas de dépendance géostratégique qui soit comparable entre l'uranium et le gaz quand on voit la situation aujourd'hui", souligne la députée fédérale.



"Il a fallu attendre une crise pour qu'on ouvre les yeux
", lance l'ancienne ministre de l'Energie. Elle a également estimé important de prolonger les centrales nucléaires pour "minimum 20 ans", insistant sur le fait que cela pouvait contribuer à stabiliser les prix sur le marché.

Et si Ecolo semble désormais accepter la prolongation de deux réacteurs, cela ne sera pas suffisant, selon Marie-Christine Marghem, qui s'appuie sur les analyses de la CREG. "On doit évaluer le besoin objectivement", estime-t-elle. "Changer la loi pour permettre cela, ce n'est pas un gros problème. Il suffit de déposer un texte au parlement. C'est d'ailleurs ce que je m'apprête à faire", a annoncé la députée fédérale. Selon elle, le gouvernement doit choisir quels réacteurs prolonger dans le futur en plus des deux déjà prévus.

"Je pense qu'on va aller vers deux réacteurs à minima, cela me semble évident", note pour sa part l'économiste Philippe Defeyt. Il a cependant souligné que quel que soit le choix posé, il aura un impact sur les prix.

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