Présidentielle en France : "C'est la campagne la plus affligeante jamais vue"

Ce jeudi matin dans "Il faut qu'on parle" sur DH Radio, Maxime Binet recevait Dorian de Meeûs, rédacteur en chef de La Libre Belgique et Franz-Olivier Giesbert, journaliste français.

À deux semaines du premier tour, Macron est-il certain de sa victoire ? Pour le journaliste français, celle-ci ne fait quasi plus aucun doute. "Même s'il ne faut jamais dire que c'est plié. Le deuxième tour pourrait réserver des surprises car une partie de la gauche fera tout pour que Marine Le Pen soit élue mais je pense que c'est plié depuis un certain temps. C'était déjà le cas avant la tragédie ukrainienne. Et ça l'est encore plus maintenant".

Le président, en bonne posture pour se succéder à lui-même, a-t-il besoin de faire campagne ?" Il n'en a pas fait beaucoup. Il a tout fait pour se présenter au dernier moment et la crise ukrainienne lui permet de ne pas descendre dans l'arène. C'est la campagne la plus affligeante jamais vue. Les enjeux importants ne sont pas posés. La situation économique n'est pas terrible et le commerce extérieur est déficitaire. Structurellement, la France est en danger, le président sera obligé d'agir", poursuit Franz-Olivier Giesbert.

Vers un nouveau duel Macron-Le Pen ?

S'il ne fait quasi aucun doute que le président sortant sera au deuxième tour, qui sera son rival ? Aujourd'hui, une réédition du duel de 2017 face à Marine Le Pen semble être la piste la plus plausible. Mais pour Dorian De Meeûs, il ne faut pas oublier le candidat de la France Insoumise. "Les choses peuvent bouger. Jean-Luc Mélenchon monte dans les sondages, il y a un risque pour Le Pen et cela pourrait avoir un impact sur Eric Zemmour et sa popularité qui est en chute libre".

En revanche, pour Giesbert, la surprise Mélenchon ne devrait pas avoir lieu. "Les journalistes en France sont souvent mélenchonistes, c'est juste un rêve de leur part. Marine Le Pen va y arriver, elle a une marge de cinq points d'écart et c'est énorme. Elle sait bien gérer une campagne, malgré les horreurs que j'ai écrit sur elle. Jean-Luc Mélenchon est d'extrême gauche donc un vote utile est contre-balancé avec un vote utile vers Le Pen. Elle aura des voix de gauche car les anti Macronistes vont voter utile. En fin de campagne il y a toujours ce phénomène classique des votes utiles qui va profiter aux deux personnes en tête derrière Macron : Le Pen et Mélenchon".


Qui des électeurs socialistes? Vont-ils se retourner vers Macron ou Mélenchon ? Pour Franz-Olivier Giesbert, le président sortant attirera les électeurs sociaux-démocrates. "La gauche sociale démocrate qui soutenait François Hollande va aller chez Emmanuel Macron. Il a réussi à siphonner la droite et il continue à siphonner la gauche. En 2017, Jean-Luc Mélenchon avait siphonné une grande partie de Benoit Hamon, alors candidat socialiste mais Il n'avait que 6%. Hamon a tué la gauche. Anne Hidalgo, qui a pris sa place, tourne aux alentours des deux points. Il n'y a pas de potentiel à gauche. Jean-Luc Mélenchon a très peu de réserves, contrairement à Marine Le Pen".

Malmenée lors du débat du second tour il y a cinq ans, Marine Le Pen a-t-elle appris de ses erreurs ? "Oui, elle a changé son discours et sa manière d'attaquer. Elle parait modérée face à Eric Zemmour. Elle fait une campagne assez efficace", argumente le rédacteur en chef de La Libre Belgique. Des propos rejoints par Franz-Olivier Giesbert. "Elle a beaucoup progressé. Le débat face à Emmanuel Macron en 2017 n'avait pas été préparé. C'était n'importe quoi. Ici, elle est mieux préparée. Elle a envoyé des signaux importants, notamment sur la retraite".

"Zemmour fait partie des 'victimes' de la guerre"

Qu'en est-il d'Eric Zemmour, en chute libre dans les sondages ? "Il fait partie des 'victimes' de la guerre en Ukraine. Il a tout de même dit, à l'époque, que la France a besoin d'un Poutine. Marine Le Pen a été très habile sur le sujet en bottant en touche. Quant à Eric Zemmour, il n'a pas vraiment accusé le président russe et a perdu trois points, ce qui est énorme. La fin de campagne est devenue compliquée pour lui. C'était un match dans le match pour le contrôle de l'extrême droite. C'était égalité au départ mais aujourd'hui Marine Le Pen a gagné la partie. Les Français ont peur, comme tous les Européens, quand ils voient ce qui se passe en Ukraine. L'immigration n'est plus le sujet, il est passé au septième rang. Le sujet est la sécurité et la défense européenne. Derrière la guerre, il y aura des conséquences économiques en Europe", selon le journaliste français.

Valérie Pécresse, candidate LR, a-t-elle déçu? Est-ce simplement un mauvais profil ou a-t-elle commis une erreur de stratégie dans son programme? Pour Franz-Olivier Giesbert, le problème est ailleurs. "C'est un bon profil mais pas pour cette campagne. Elle a été très mauvaise dans son grand meeting, elle ne sait pas faire ça. Elle pensait que ça allait la relancer et ça l'a plombée. Elle est une grande débatteuse et c'est pour cela qu'elle a gagné les primaires. Le problème, c'est qu'il n'y a pas dé débats, hormis celui face à Eric Zemmour sur TF1 qu'elle a gagné. Depuis la guerre en Ukraine, c'est fini pour elle car on serre les rangs autour du chef. On vote Macron parce que la France est en danger et elle le paie".

À l'heure d'adresser une mauvaise note dans cette campagne, l'invité de Maxime Binet tacle la presse dans son ensemble. "Elle présente Jean-Luc Mélenchon comme un candidat de gauche, alors qu'Il est d'extrême gauche"

Avant de féliciter le président pour sa gestion du conflit. "Il s'est bien débrouillé dans la crise ukrainienne, je lui donne 20/20 sur cette crise alors que je ne suis pas réputé macroniste. Je m'inquiète déjà pour l'après-élection et l'absence de réformes fondamentales dont la France a besoin".


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