Après un mois de conflit en Ukraine, peut-on parler d'échec pour les Russes ?

Yannick Quéau, directeur du GRIP (Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité), et le politologue Tanguy Stuye sont les invités de Maxime Binet ce vendredi matin dans Il faut qu'on parle sur DH Radio. Il a évidemment été question des trois sommets sur fond ukrainien qui se sont déroulés hier à Bruxelles et qui ont réuni l'Otan, l'Union européenne et le G7.

Pour Yannick Quéau, directeur du GRIP, ces trois sommets servent avant tout de rappel des fondamentaux pour les Alliés: "Un rappel de la solidarité, de la volonté de soutenir l'Ukraine et de ne pas s'engager directement", détaille-t-il.

Les Européens affichent, il est vrai, une unité rarement vue. Pourtant, la carte de l'embargo russe, véritable arme de destruction massive économique qui pourrait avoir un impact substantiel, n'a toujours pas été brandie. En cause, notamment, la part du gaz russe exporté en Europe dont plusieurs nations sont quasis dépendantes: "Tous les acteurs européens ne sont pas exposés au même risque", pointe l'invité.

Un mois de guerre en Ukraine

Les renseignements américains ont rapporté que les pertes humaines russes étaient relativement élevées. Cependant, il s'agit également d'une guerre de la communication. Pour Yannick Quéau, il est vraisemblable de penser que ces faits sont objectivement avérés mais que les pertes ukrainiennes sont, elles, volontairement occultées pour ne pas plomber le moral des troupes ukrainiennes et des Alliés.

Concernant la menace nucléaire du conflit, l'expert relativise: "C'est une chose à prendre au sérieux mais à mesurer, à pondérer. L'enlisement revêt un risque nucléaire mais il n'est pas incommensurable", rassure-t-il.

Après un mois d'invasion, peut-on parler d'échec pour les Russes ? Selon le politologue Tanguy Stuye, ce serait une erreur. "Je crois qu'il faut faire attention. On a tendance à prendre tout ce qui vient du côté ukrainien pour argent comptant. Or, nous n'avons pas vraiment un réel retour du terrain", nuance-t-il.

Vers une future armée commune européenne ?

Souvent évoquée, une Défense commune européenne fait à nouveau parler d'elle au vu des récents évènements ukrainiens. Le problème, pour Yannick Quéau, est que les pays européens ne se font pas confiance sur le long terme: "Il y a des conceptions de l'usage de la force qui sont fondamentalement différentes. Il y a cependant une prise de conscience, qu'individuellement, les nations ne peuvent rien dans ce genre ce contexte", explique-t-il.

Une opinion partagée par Tanguy Stuye: "Personnellement, je ne vois pas se concrétiser cette défense européenne. Par contre, là où je vois des possibilités, c'est vraiment dans une coopération des différentes armées européennes."

La Chine, l'inconnue dans ce conflit

La Chine se retrouve dans une position délicate. Elle ne peut pas véritablement laisser tomber son allié russe. L'Otan a fait entendre que des sanctions tomberaient si Xi Jinping soutenait la Russie dans ce conflit. Pour le directeur du GRIP, il sera cependant très compliqué d'isoler l'économie chinoise: "On parle de la première économie mondiale à l'horizon 2040-2045. Il existe également des partenariats extrêmement forts avec une partie majeure du monde. Nos capacités de représailles sur la Chine sont tout autres que sur la Russie", conclut l'invité.

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